بسم الله الرحمن الرحيم
الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

« Celui dont j’ai été le maître,
‘Ali est désormais son maître »

Il s’agit d’une des paroles qui constituent le testament du prophète ‘alayhis salatu was salam sans pour autant attirer l’attention des musulmans sur elle. En effet, il s’agit assurément du dernier discours public du messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam : « Quand le messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam revint du pèlerinage d’adieu, il descendit à Ghadir Khum et demanda une estrade que nous montâmes. Il dit alors : « C’est comme si j’étais appelé et que j’allais répondre. Je laisse parmi vous deux choses lourdes. L’une est plus grande que l’autre et il s’agit du livre d’Allah et de ma descendance, mes ahlul bayt. Voyez donc comment vous allez me succéder auprès d’eux. Ils ne se sépareront jamais jusqu’à être réunis au Bassin ». Il dit ensuite : « Allah est mon maître. Et je suis le maître de tout croyant ». Il prit alors la main de ‘Ali et dit : « celui dont j’ai été le maître [1], celui-ci est désormais le maître. O Allah, sois le maître de celui qui le prend comme maître et l’ennemi de celui qui le prend pour ennemi » » [2].

Ce discours s’est donc tenu après ce qu’on appelle le discours d’adieu, le 12 de dhul Hijjah de l’année 11 et il n’est pas connu que le prophète ‘alayhis salatu was salam ait tenu un autre discours public. En effet, dès son retour à Madinah, il ressentira les effets du poison de Khaybar. C’est ce qui démontre donc l’importance de cette parole en tant qu’elle est la dernière recommandation publique du messager d’Allah au musulman. Il est donc étonnant de voir que ibn Taymiyya a dénigré son authenticité.

Les errements de Ibn Taymiyya

Le chaykh Ahmed al Harrani s’est isolé et a déclaré ce hadith faible et ses différents ajouts inventés.

Il dit : « le hadith « celui dont j’étais le maître ‘Ali est désormais son maître » ne se trouve pas dans les livres sahih. Il a été rapporté par les savants et les gens ont divergé sur son authenticité. »

Il dit aussi : « quant au rajout « o Allah, sois le maître de celui qui le prend comme maître et l’ennemi de celui qui le prend comme ennemi » … il n’y a point de doute que c’est un mensonge inventé. »

Il dit : « la parole « Allah, sois le maître de celui qui le prend comme maître, l’ennemi de celui qui le prend comme ennemi. Secours celui qui le secourt et humilie celui qui l’humilie » est mensongère à l’unanimité des gens connaisseurs du hadith » [3].

Il s’agit d’errements évidents, d’aberrations et de tadlis. En réalité, aucune de ces assertions n’est prouvée dans la science du hadith et certaines sont clairement controuvées.

En effet :

  • Il n’y a absolument pas dans la science du hadith une condition d’authenticité stipulant qu’un hadith doit être rapporté dans un livre sahih pour être accepté. S’il n’a pas été mentionné dans les deux sahih, ce hadith se retrouve dans un nombre incalculable d’autres ouvrages du hadith.
  • Tous les rajouts mentionnés ont été rapportés dans les livres reconnus du hadith. Le rajout « o Allah, sois le maître de celui qui le prend comme maître et l’ennemi de celui qui le prend comme ennemi » est mentionné par an Nasa’i selon Zayd ibn al Arqam ; par l’imam Ahmed dans son Musnad selon sayyidina ‘Ali, Zayd ibn al Arqam, Abu Tufayl ibn Wathilah [4] et Bara’h ibn Azib ; par Ibn Majah selon Bara’ah ; par Ibn Hibban dans son sahih, al Hakim dans al mustadrak, al Bazzar dans son musnad qu’ainsi qu’Abu Ya’la, pour ne citer que les livres primaires du hadith. Le rajout « secours celui qui le secourt et humilie celui qui l’humilie » est rapporté par l’imam Ahmed dans son musnad, al Bazzar dans son musnad avec l’ajout « aime celui qui l’aime » ainsi qu’Abu Ya’la.
  • Tous les rajouts sont authentiques. Le rajout « o Allah, sois le maître de celui qui le prend comme maître et l’ennemi de celui qui le prend comme ennemi » est rapporté, comme on vient de le dire, par l’imam Ahmed entre autres par la voie de Zayd ibn al Arqam. Al Haythamiy dit : « tous les hommes de Ahmed sont dignes de confiance (thiqah) » [5]. Quant à la voie de l’imam Ahmed par Abu Tufayl, al Haytjamiy dit aussi : « tous ses hommes sont des rapporteurs des deux sahih sauf Fatr ibn Khalifah qui est thiqah »[6]. Quant au rajout « secours celui qui le secourt.. », il est rapporté entre autres par al Bazzar selon sayyidina ‘Ali. Là aussi, al Haythamiy n’émet aucun doute sur l’authenticité de l’ajout, il dit : « tous ses rapporteurs sont des rapporteurs des deux sahih sauf Fatr ibn Khalifah qui est thiqah » [7].

Où donc sont les récriminations du chaykh Ibn Taymiyya ? Cette parole avec tous les ajouts qu’il dénigre sont d’une authenticité à toute épreuve. Quant au texte principal, c’est-à-dire « celui dont j’étais le maître, ‘Ali est désormais son maître », il s’agit d’un hadith mutawatir.

« Celui dont j’étais le maître, ‘Ali est désormais son maître » est mutawatir

Ce hadith, comme il a été mentionné, a été recueilli en public, devant une foule de sahaba. Cela démontre son caractère de tawatur. Les compagnons ont témoigné en masse de l’authenticité de cette parole. Les salaf non plus n’ont pas dérogé à cette approbation. An Nasa’iy a consacré toute une partie de ses sunan al kubra aux mérites de sayyidina ‘Ali, partie différente des mérites des autres compagnons. Dans cette partie, se trouve un chapître dénommé « celui dont je suis le maître, ‘Ali est désormais son maître », où l’imam rapporte ce hadith par dix voies différentes.

Selon Zayd ibn al Arqam, ‘Ali adjura les gens et adjura tout homme ayant entendu le messager d’Allah ‘aalyhis salatu was salam avoir dit « celui dont je suis le maître, ‘Ali est dédormais son maître. Allah sois le maître de celui qui le prend comme maître et l’ennemi de celui qui le prend comme ennemi ». Alors, douze hommes ayant combattu à Badr se levèrent et attestèrent l’avoir entendu.[8]

Au demeurant, ce hadith a été rapporté par une trentaine de compagnons différents et on ne connaît pas un hadith ayant atteint ce degré dans le mérite des compagnons. Il a été recueilli des plus prolifiques rapporteurs des sahaba à savoir Abu Hurayrah, Anas ibn Malik, ‘Abdullah ibn ‘Umar, Jabir ibn ‘Abdillah, Abdullah ibn ‘Abbas, sayyidina ‘Ali et Abu Sa’id al Khudriy. Il a aussi été recueilli de Abu Tufayl, Buraydah, Sa’d ibn Malik, Zayd ibn al Arqam, Umm Salamah et bien d’autres. De même, il fait partie du musnad des plus grands des sahaba comme sayyidina Abu Bakr, ‘Umar ibn al Khattab ou Talhah, qu’Allah soit satisfait d’eux tous sans exception ! Le hafiz ibn Hajar al Haythamiy a dit : « ce hadith est authentique sans divergence. Tout un groupe l’a rapporté comme at Tirmidhiy et an Nasa’iy. Il a de nombreuses voies et a été rapporté par seize compagnons. Dans la riwayah de l’imam Ahmed, il rapporte avoir entendu ce hadith provenant de trente compagnons en ayant attesté devant ‘Ali »[9]

Le hafiz ibn Hajar al ‘Asqalaniy dit quant à lui : « le hadith « celui dont j’ai été le maître, ‘Ali est désormais son maître » a été rapporté par an Nasa’iy et at Tirmidhiy et il a de très nombreuses voies. Ibn ‘Uqdah les a réunies dans un livre. Et beaucoup de ces voies sont du degré du sahih et du hassan. » [10]

En réalité, la totalité des riwayat rapportées de ce hadith approche cinq cents. Plus de la moitié de ces riwayat peut être classé dans les degrés du hassan et du sahih.

L’imam al Jaziriy al Salafiy a dit, après l’avoir rapporté de sayyidina ‘Aliy : « ce hadith est hassan sahih. Il est rapporté par tawatur du commandeur des croyants ‘Aliy. De même, il a été rapporté par tawatur du prophète ‘alayhis salatu was salam. Un nombre innombrable de personnes l’a rapporté d’un nombre innombrable. Et ne seront pas pris en compte les gesticulations de ceux qui l’ont rendu faible alors qu’ils n’ont aucune part dans cette science » [11]. Ibn al Jaziriy cite ensuite nommément vingt-neuf des compagnons qui l’ont rapporté.

Amir al mu’minin dans le hadith, l’imam adh Dhahabiy dit après avoir rapporté le hadith par sanad : « cette version est hassan et de haute portée. Quant au texte du hadith, il est mutawatir ». [12]

Il n’échappe à personne donc que ce hadith compte parmi les plus authentiques de toute la sunna au vu du nombre de ses rapporteurs et des nombreuses voies par lesquelles il passe. Parmi ceux qui ont clairement énoncé son tawatur, on trouve des sommités de la science du hadith comme as Suyutiy, al Munawiy, at Tabariy qui a composé un livre dessus, Mula ‘Ali al Qariy, le Hafiz al Kattaniy parmi les contemporains

Wa salla Allah wa sallama ‘ala sayyidina Muhammad wa ‘ala âli ajma’in.


[1] Le mot maître est assurément la bnne traduction. Ce qui le prouve est un autre hadith rapporté par l’imam Ahmed.Tout un clan des arabes vint vers sayyidina ‘Ali et lui dit « as salamu ‘alayk o notre maître ». Il dit « comment serais-je votre maître alors que vous êtes des arabes ? ». Ils dirent « nous avons entendu le jour de ghadir Khum, le messager d’Allah dire « celui dont j’étais le maître, ‘Ali est désormais le maître ». Quand ils s’en allèt, le rapporteur dit « je les suivis et demandai « qui sont ceux-là ? ». On répondit « un groupe des ansar, parmi eux se trouve Abu Ayyub al Ansariy ». Les arabes avaient l’habitude de prendre comme clients des non-arabes et de les intégrer ainsi dans la société. Celui qui prenait le client devenait ainsi son maître et le client s’attribuait à lui. Ce qui confirme la bonne traduction par maître est l’allusion de sayyidina ‘Ali que ces gens éaient déjà des arabes, ils n’avaient donc pas besoin de maître au sens courant du terme.
[2] Nous mettons ici la version complète du discours de Ghadir Khum, rapporté par an Nasa’iy dans ses sunan al kubraأَخْبَرَنَا مُحَمَّدُ بْنُ الْمُثَنَّى ، قَالَ : حَدَّثَنِي يَحْيَى بْنُ حَمَّادٍ ، قَالَ : حَدَّثَنَا أَبُو عَوَانَةَ ، عَنْ سُلَيْمَانَ ، قَالَ : حَدَّثَنَا حَبِيبُ بْنُ أَبِي ثَابِتٍ ، عَنْ أَبِي الطُّفَيْلِ ، عَنْ زَيْدِ بْنِ أَرْقَمَ ، قَالَ : ” لَمَّا رَجَعَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنْ حَجَّةِ الْوَدَاعِ ، وَنَزَلَ غَدِيرَ خُمٍّ أَمَرَ بَدَوْحَاتٍ فَقُمِمْنَ ، ثُمَّ قَالَ : كَأَنِّي قَدْ دُعِيتُ ، فَأَجَبْتُ ، إِنِّي قَدْ تَرَكْتُ فِيكُمُ الثَّقَلَيْنِ ، أَحَدُهُمَا أَكْبَرُ مِنَ الآخِرِ : كِتَابُ اللَّهِ ، وَعِتْرَتِي أَهْلُ بَيْتِي ، فَانْظُرُوا كَيْفَ تَخْلُفُونِي فِيهِمَا ، فَإِنَّهُمَا لَنْ يَتَفَرَّقَا حَتَّى يَرِدَا عَلَيَّ الْحَوْضَ ، ثُمَّ قَالَ : إِنَّ اللَّهَ مَوْلايَ ، وَأَنَا وَلِيُّ كُلِّ مُؤْمِنٍ ، ثُمَّ أَخَذَ بِيَدِ عَلِيٍّ ، فَقَالَ : مَنْ كُنْتُ وَلِيَّهُ ، فَهَذَا وَلِيُّهُ ، اللَّهُمَّ وَالِ مَنْ وَالاهُ ، وَعَادِ مَنْ عَادَاهُ ، فَقُلْتُ لِزَيْدٍ : سَمِعْتَهُ مِنْ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ؟ فَقَالَ : مَا كَانَ فِي الدَّوْحَاتِ أَحَدٌ إِلا رَآهُ بِعَيْنَيْهِ ، وَسَمِعَهُ بِأُذُنَيْهِ
[3] Extraits de minhaj as sunnah
[4] Il s’agit de Abu Tufayl ‘Amir ibn Wathilah, le dernier des sahaba à mourir . Il le dit lui-même dans un hadith rapporté dans les Shama’il de at Tirmidhi : « j’ai vu le messager d’Allah ‘alayhis salatu salam et il ne reste personne sur terre à l’avoir vu que moi…. ». Quant au dernier sahabi dans l’absolu, il s’agit de sayyidina ‘isa ‘alayhis salam. Adh Dhahabiy dit dans tajrid asma’ as sahaba : « ‘Isa ibn Maryam, ‘alayhis salam, est un prophète et un compagnon. Il a vu le messager ‘Allah ‘alayhis salatu was salam. Il sera le dernier à sahaba à mourir.
[5] Majmu’ az zawa’id
[6] idem
[7] idem
[8] Rapporté par at Tabaraniy dans al awsat. Un hadith similaire est aussi rapporté par l’imam Ahmed, al Bazzar, an Nasa’iy
[9] Al sawa’iq al muhriqah
[10] Fath al Bariy
[11] Manaqib al asad al ghalib
[12] Siyar a’lam an nubala’