بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Il me demande si je suis vierge

Question

As salamu ‘alaykum,
mon fiancé me demande si je suis vierge. Est-ce que je dois répondre à cette question ?

Réponse

Wa ‘alaykumus salam,

Oui, vous avez la possibilité de répondre à cette question. Et la réponse la plus appropriée à notre sens est celle-ci : « Ce qui parfait l’Islam de l’homme est le fait de délaisser ce qui ne le concerne pas. » [1]

En effet, il n’est en rien un droit à votre fiancé de connaître les détails de votre vie privée et une telle question est à notre sens inappropriée et un manque de respect. Dans l’école de l’imam Malik, la virginité d’un des deux conjoints n’est pas une qualité essentielle qui permettrait à l’autre, en cas de manque, d’annuler le mariage. En d’autres termes, le fait qu’une personne soit ou non vierge et que cette connaissance ne soit acquise qu’après le mariage ne peut en aucun cas donner lieu à la dissolution du mariage et au retour de la dot.

Dans le Mukhtasar de l’imam Khalil, ce dernier a dit :
Et (Il n’aura pas le choix dissoudre le mariage) pour le fait d’être pucelle

Cette parole de l’imam indique que la virginité n’est un caractère essentiel et son absence n’est pas de ceux qui empêchent la vie intime et donnent droit à dissoudre le mariage. En effet, les défauts des conjoints qui autorisent à dissoudre le mariage sans divorce sont uniquement ceux qui sont liés à la capacité sexuelle ou empêchent la pleine jouissance sexuelle.

Or, il faut considérer la question posée par votre fiancée comme déplacée, inappropriée et dépassant les limites des paroles qu’il est possible d’échanger entre personnes qui ne sont pas interdites (mahram). De tes propos portant sur l’intimité sortent du strict nécessaire qui est permis dans la conversation entre personnes non-mariées.

Si votre virginité est effectivement préservée, vous n’avez pas à répondre et pourrez souligner le manque de pudeur de votre fiancé. Si, par un quelconque moyen, même illicite, votre virginité n’était plus présente, votre devoir de ne pas répondre à cette question est encore plus renforcé.

En effet, dans le Muwatta de notre Imam Malik Ibn Anas : « Selon Zubayr al Makkiy, un homme chercha à se marier avec la sœur d’une femme. Ce dernier lui dit alors qu’elle avait commis la fornication. L’information arriva à ‘Umar ibn al Khattab qui le fit bastonner ou faillit le faire bastonner. ‘Umar dit ensuite : « Qu’avais-tu à lui révéler cela ? » [2]

Dans al Istikhkar, le hafiz Ibn ‘Abdil Barr al Namriy a rapporté avec sa chaîne : Al Sha’biy a  rapporté qu’un homme vint voir ‘Umar ibn al Khattab et lui dit : « j’ai une fille qui est née sous l’ère de la jahiliyyah puis est entrée dans l’Islam. Elle a reçu la sanction (pour avoir commis la fornication). Après cela, elle a pris une lame et a essayé de s’égorger mais j’ai pu la surprendre à temps. Elle avait coupé une partie de sa jugulaire. Elle s’est remise, a changé et s’est tournée vers le coran. Mais quelqu’un me demande de la lui faire épouser. Dois-je l’informer de l’état dans lequel elle était avant ? » ‘Umar dit : « Veux-tu donc découvrir le voile par lequel Allah l’a couverte ? Si j’apprends que tu as évoqué quelque chose de son passé, je te donnerai un châtiment en exemple pour tous les gens du pays. Plutôt, marie-la du mariage d’une musulmane chaste. » [3]

Dans al Utbiyyah, notre imam Malik a dit : « Il n’est pas permis à un homme qui est le tuteur d’une femme de dévoiler les mauvaises choses qu’elle a faites si on la lui demande en mariage. » [4]

Le Qadiy Ibn Rushd a commenté cette parole en disant : « Il a parlé ainsi car l’homme qui épouserait une femme et découvrirait après cela qu’elle avait commis la fornication n’aurait pas droit de la rendre. En effet, il ne s’agit pas d’un défaut qui oblige à la retourner à ses parents. Le tuteur n’a donc pas à lui faire savoir cela. Bien au contraire, il lui est obligatoire de le cacher car les mauvaises actions doivent être occultées aussi bien à son propre endroit qu’à l’endroit d’un autre. » [5]

Ce silence sur l’état de virginité rentre dans un des objectifs de la shari’ah, à savoir la préservation de la dignité du musulman en toutes circonstances. Cette obligation pèse sur la personne elle-même mais aussi sur ses parents et toute personne qui n’aurait pas une preuve acceptée par la shari’ah pour incriminer l’éventuel fautif. Cette obligation pèse aussi sur le conjoint qui découvrirait après la conclusion du mariage que la virginité n’a pas été préservée. En effet, dans minah al jalil, l’imam ‘Illish a dit : « Si l’homme dit : « je l’ai trouvée déflorée », il recevra le hadd. En effet, il aurait commis le qadhf en employant la forme active comme l’a dit Ibn ‘Arafah » [6]

Cela veut dire que l’homme, même s’il trouve que sa femme n’a plus sa virginité, ne devra en aucun cas estimer qu’elle l’a perdue par une relation sexuelle à moins de réunir le nombre de témoins défini par la shari’ah. S’il l’accuse d’avoir perdu sa virginité par un acte sexuel, il commet un grand péché qui est sanctionné par Allah dans ce monde et dans l’autre, à savoir le qadhf. En effet, l’absence d’un hymen pour la femme n’est pas le signe qu’elle ait été déjà mariée ou ait entretenu un acte sexuel. C’est pour cela que les savants de notre école ont distingué entre la femme vierge (bikr) qui est celle n’ayant jamais été mariée et celle dont l’hymen est intact (‘udhra’). Cette dernière est celle dont la virginité n’a été enlevée par aucun moyen alors que la femme vierge est celle qui n’a jamais été mariée, même s’il n’est pas exclu qu’elle ait perdu sa virginité par un autre moyen. Ce moyen peut être être illicite comme la fornication. Mais il peut aussi n’entraîner aucun péché comme le fait qu’elle perde sa virginité par une chute ou par la fréquence des règles.

En conclusion, sachez qu’il ne convient pas de révéler votre virginité ou même votre non-virginité à votre fiancé. A lui, nous lui donnons comme conseil d’éviter d’espionner les musulmans pour connaître leur intimité alors qu’Allah n’a donné ce rôle à personne. Le mariage se fait d’abord par l’appréciation des caractères et des comportements d’une personne au moment de la conclusion du contrat. Il ne s’agit pas de visiter son passé car la condition de probité et d’habilitation au mariage s’apprécie au moment de la conclusion. S’il a trouvé ces nobles caractères en votre personne, qu’il vous épouse selon votre caractère d’aujourd’hui et non selon les choses hypothétiques que vous auriez ou non faites avant ce moment.

Allah demeure le plus savant.

وصلّى الله وسلّم على سيّدنا محمد وعلى آله


[1] Rapporté par al Tirmidhiy
ن حسن إسلام المرء تركه ما لا يعنيه
[2] Muwatta de l’imam Malik ibn Anas, chapitre du mariage, section générale
عن أبي الزبير المكي ; أن رجلا خطب إلى رجل أخته فذكر أنها قد كانت أحدثت . فبلغ ذلك عمر بن الخطاب . فضربه ، أو كاد يضربه . ثم قال : ما لك وللخبر
[3] Al Istidhkar chapitre du mariage
عن الشعبي أن رجلا أتى عمر بن الخطاب ، فقال : إن ابنة لي ولدت في الجاهلية ، وأسلمت ، فأصابت حدا ، وعمدت إلى الشفرة ، فذبحت نفسها ، فأدركتها ، وقد قطعت بعض أوداجها بزاويتها ، فبرئت ، ثم مسكت ، وأقبلت على القرآن ، وهي تخطب إلي ، فأخبر من شأنها بالذي كان ؟ فقال عمر : أتعمد إلى ستر ستره الله ، فتكشفه ، لئن بلغني أنك ذكرت شيئا من أمرها لأجعلنك نكالا لأهل الأمصار ، بل أنكحها نكاح العفيفة المسلمة
[4] Al ‘Utbiyah avec Al bayan wa al tahsil, volume 4, page 262
[5] Al bayan wa al tahsil, volume 4, page 262
[6] Minah al jalil, volume 3, page 396