بسم الله الرحمن الرحيم
الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين
Nous nous arrêtons aujourd’hui sur une des qasai’d les plus connues, si ce n’est la plus connue, du monde. Il s’agit de celle dénommée al Burdah. Nous procéderons au commentaire des vers de la partie traitant de la naissance du messager d’Allah,’alayhis salatu was salam. En effet, nous trouvons étonnant qu’il y ait un ostracisme à notre époque à parler des miracles liés à sa naissance alors qu’ils sont prouvés par de nombreux textes. Vouloir ôter au prophète ‘alayhis salatu was salam tout caractère spécial et en faire un simple homme est assurément une des causes de la tiédeur spirituelle des musulmans.
Le poète célèbre le pur lignage du plus pur des purifiés, lignage exempt de tout reproche et de tout doute. En effet, depuis Isma’il, les ancêtres du prophète ‘alayhis salatu was salam sont tous nés d’un mariage licite et nul n’a été engendré par l’adultère ni ne s’y est abaissé. Il est dit dans le hadith « J’ai été engendré hors de la fornication de la jahiliyyah. Je n’ai été engendré que par des mariages conformes à l’Islam »[1]. Il a dit aussi : « j’ai été engendré par le mariage et aucun de mes ancêtres n’a été engendré par la fornication, de Adam jusqu’à mon père et ma mère. Je n’ai en rien été entâché par les mariages des gens de la jahiliyyah » [2]. Son lignage est donc pur, le plus pur parmi les arabes. Il est tel : Muhammad ibn Abdillah ibn ‘Abdil Muttalib [3], ibn Hashim [4] ibn ‘Abdil Manaf [5] ibn Qusay [6] Ibn Kilab [7] Ibn Murrah ibn Ka’b ibn Lu’ay ibn Ghalib ibn Fihr [8] Ibn Malik Ibn Nadr [9] ibn Kinanah ibn Khuzaymah ibn Mudrikah ibn Ilyas ibn Mudar ibn Nizar [10] ibn Ma’d ibn ‘Adnan.
C’est ici que s’arrête la généalogie connue du prophète ‘alayhis salatu was salam et quiconque va au-delà aura menti. Ibn Mas’ud a dit « les généalogistes ont menti » dans leur prétention à remonter plus loin que ‘Adnan. L’imam Mlaik fut interrogé sur quelqu'un qui remonte sa généalogie plus loin qu’Adnan et se trouve des ancêtres jusqu’à sayyidina Adam, ‘alayhis salam et il dit « qui l’en a donc informé ? ».
Sa naissance bénie a donc [ démontré la noblesse de son lignage] qui était connu parmi les arabes. [quel excellent début] c’est-à-dire quelle excellente ascendance, remontant à Adam ‘alayhis salam et exempte de tout défaut ! et de même [ quelle excellente fin] c’est-à-dire quelle excellente descendance ! Il s’agit ici de sayyiduna ‘Abdullah et non du prophète lui-même ‘alayhis salatu was salam car son lignage ne s’arrête pas à lui mais à ses enfants. Il s’agit aussi de Ahlul bayt car, comme il est dit dans le hadith : « le lignage de tout enfant de sa mère se fait par son père, sauf celui de Fatimah. Je suis leur lignage et leur père. » [11].
[le jour] béni de sa naissance qui est tombé l’année de l’éléphant, cinq jours après l’évément de l’éléphant en question. Cette naissance s’est déroulée au mois de Rabi’ al awwal selon l’avis le plus répandu et le plus solide. Les gens ont aussi divergé sur le jour de cette naissance, certains portant la position qu’il n’était pas précis et qu’il s’agissait seulement d’un lundi de ce mois. L’avis le plus soutenu est que le jour est précis sauf que les tenants de cette position ont divergé entre eux. Il a été dit qu’il était né aux deux premiers jours, après le huitième jour ou même au dix de ce mois et d’autres dates. Les gens de la Mecque avaient l’habitude cependant de visiter la maison de sa naissance le douzième de Rabi’ al Awwal et c’est l’avis reconnu qui a été adopté par ibn Ishaq. Ce jour de sa naissance, le peuple des [ Perses] a découvert par le biais de la [divination] et l’aide de ses sorciers que leur peuple allait etre frappé par[les maux et les châtiments].
La naissance du prophète ‘alayhis salatu was salam fut accompagnée de signes éclatants dont le monde entier fut témoin. Toute personne doué de perspicacité sut alors q’un événement inédit s’était produit. Parmi ces signes éclatants, se trouve que le [palais] du roi des perses, dont le titre est [Kisra] en arabe, de son vrai nom, Anwashrawan ibn Qibad, s’écroula en cette nuit. En effet, la naissance du prophète ‘alayhis salatu was salam se passa de nuit. De fait, la nuit où ses lumières visitèrent le monde est la meilleure de toutes les nuits, meilleure que la nuit d’al Qadr. L’écroulement du palais de Chosroès marqua cet événement de même que le fait que les [armées] de Chosroès furent à jamais dispersées, c’est-à-dire qu’il lui fut impossible de regrouper son armée comme il lui fut impossible de recosntruire son palais détruit. Or son armée était connue comme comptant un nombre imposant d’hommes. Cette armée resta ainsi dispersée jusqu’à l’entrée des musulman en Perse et la conquête de ce pays par les armées des musulmans aux temps de sayyidina ‘Umar ibn al Khattab.
[Le feu] qui est mentionné ici est celui qu’adoraient les Perses. En effet, ce feu sacré pour eux avait à sa disposition des serviteurs qui l’alimentaient jour et nuit. Il ne s’était pas éteint depuis mille ans, deux mille ans selon d’autres versions. La naissance de l’Elu de la création marqua en même temps l’extinction de ce feu par la disparition de ses [flammes], comme un signe de l’extinction prochaine du royaume de Perse et des fausses divinités adorées. C’est pourquoi l’auteur use de personnification et décrit l’extinction du feu par [dépit de lui]. Le dépit est causé soit par le prophète lui-même ‘alayhis salatu was salam, ou par sa naissance ou encore pour le palais de Chosroès qui s’était écroulé sans espoir de jamais se relever. Quant au [fleuve], il s’agit de l’Euphrate qui est un fleuve qui arrosait le pays de Perse. La naissance du messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam a sonné le glas de la puissance de ce peuple de telle sorte que même le fleuve demeura [hagard] et cela, par la grande [frayeur] qui s’abattait dans le cœur des gens du polythéisme.
[Sawah] était une ville de Perse qui se trouvait entre Hamadan et Ray (actuel Téhéran). Ce qui est visé ici n’est pas la ville elle-même mais ses habitants, à l’image du verset « interroge la ville ». Les gens de cette ville furent donc affligés par la [disparition] de la rivière qui la bordait. C’est-à-dire, à la naissance du dernier des messagers, ‘Alayhis salatu was salam, cette rivière fut tarie d’un coup, comme par évaporation subite. Il s’agissait en fait d’une grande rivière sur les bords de laquelle florissaient des villes et dont il est rapporté qu’elle faisait jusqu’à dix miles arabes de long et de large. Du fait du retrait des eaux de la rivière, tout [assoiffé] qui venait y étancher sa soif ou y prendre l’eau comme à son habitude fut [ déçu] car, de là où s’ébattaient des eaux mugissantes, il ne restait plus que de la boue.
Le poète fait référence aux événements déjà décrits. Le [feu] sacré des perses s’était éteint. On aurait dit donc qu’il y avait en lui de l’humidité, comme il y en a dans l’eau, et tout ceci par [tristesse] de la défaite prochaine du polythéisme. Quant à [l’eau] de la rivière de Sawah, qui s’était évaporée en un temps très court, on aurat dit qu’il y avait en elle un [feu] qui l’a rendue [bouillante] et l’a évaporée.
Ces événements liés à la naissance du messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam ne sont en rien des légendes. En effet, al Bayhaqiy et Abu Nu’aym rapportent dans leur dala’il an nubuwwah respectif, que Haniy al Makhzumiy a dit : « Quand ce fut la nuit de la naissance du messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam, le palais de Chosrès trembla et quatorze balcons en tombèrent. Le feu des perses s’éteignit alors qu’il ne s’était pas éteint depuis mille ans. La rivière de Sawah vit ses eaux baisser… »
A l’annonce de la naissance du messager d’Allah, ‘alayhis salatu was salam, les [jinns] se mirent à pousser des cris dans les montagnes et les vallées où ils habitent. Quant à la [lumière], il s’agit tout simplement de la lumière prophétique qui devint [éblouissante] pour tout doué d’esprit, par le fait qu’elle se manifestait dans ce monde. Que non, elle n’a cessé d’être manifestée dans le monde en réalité. Seulement, elle se manifestait, par la naissance terrestre du prophète ‘alayhis salatu was salam, dans sa totalité et sa complétude et c’est pourquoi elle était éblouissante. Le messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam a dit : « … (ma mère) a vu, quand je naquis, une grande lumière qui a éclairé jusqu’aux palais du Cham » [12]. Par sa naissance donc, la lumière de la [vérité] apparaissait en son sens, c’est-à-dire par la venue de la guidée, et en parole, c’est-à-dire en homme de chair et d’os.
[aveugles et sourds], les gens restent détournés de cette lumière qui est pourtant la lumière de la guidée par laquelle Allah a parachevé l’Islam. L’auteur semble ici s’adresser à tous ces aveugles qui n’ont pas cru à l’apparition de la vérité, aussi bien en sens qu’en parole. C’est-à-dire, ceux qui ont réfuté la lumière avec laquelle le prophète ‘alayhis salatu was salam est venu et ceux qui ont réfuté sa prophétie en tant qu’homme. Ces deux catégories de personnes sont donc restées aveugles et sourdes. Ils n’ont pas fait attention aux bonnes nouvelles que ces deux apparitions leur donnaient. L’apparition en sens, qui est l’apparition de sa lumière dans le cœur des doués d’esprit, les guide jusqu’aux jardins du Tawhid. Quant à l’apparition en parole, c’est-à-dire l’apparition physique du prophète ‘alayhis salatu was salam, elle guide quiconque y croit dans les jardins du paradis. De même, aveugles et sourds, ils ne purent pas voir les [signes] évidents des malheurs dont ils étaient avertis. Comprends donc !
Le poète continue sa diatribe contre ceux qui ont nié la prophétie de sayyidina Muhammad ‘alayhis salatu was salam ainsi que sa lumière. Ces gens sont restés aveugles et sourds, bien que les [devins] de leur peuple les ont informés de son apparition. Cela montre leur grand degré d’égarement et de reniement des signes d’Allah. Ces devins leur ont pourtant montré que leurs [cultes] n’étaient pas sur la voie droite mais étaient plutôt recourbés sans jamais pouvoir se redresser [13]. Ceci montre leur obstination dans le faux, malgré l’apparition évidente de la vérité par la personne du prophète ‘alayhis salat was salam et sa lumière, comme le dit clairement le chaykh.
Malgré les signes évidents déjà apparus, le gens n’ont pas cru au caractère spécial de ce jour où le messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam est né. Pourtant, ce jour là, [les météores] sont tombés du ciel, à la poursuite des chayatin qui s’y postent pour glaner quelque information. En effet, le jour même de la naissance de sayyidina ‘Isa, ‘alayhis salam, les chayatin avaient été chassés du troisième ciel. De sorte qu’ils se postaient aux cieux les plus bas. Mais à la naissance du messager d’Allah ‘alayhis salatu was salam, ils furent chassés de tout le ciel par une pluie de météores . C’est pourquoi il est dit dans le coran « Quiconque s’y poste pour écouter maintenant y trouve un météore comme gardien », c’est-à-dire pour le chasser et l’empêcher de prêter l’oreille à ce que notent les anges. Malgré cette pluie de météores tombant [du ciel], les gens restèrent dans leur aveuglement. Cette pluie de météores s’était accompagnée en même temps de la chute des idoles des mécréants. Pendant que les chayatin étaient chassés du ciel, les idoles des mécréants se cassaient et tombaient des socles sur lesquels elles étaient posées. Les négateurs ont vu ces signes et sont restés dans leur aveuglement.
Cette pluie de météores avait comme destination les shayatin qui se postaient au ciel. Elles leur tombèrent dessus [jusqu’à ce qu’ils] finissent de les chasser de leurs postes d’observation. Ainsi, le ciel, qui est le lieu d’où descend [la révélation], fut assaini de la présence des shayatin, qui ne pourraient plus ainsi s’y immiscer pour obtenir aucune information relative au message d’Allah. Ces météores ne s’arrêtèrent pas là car [d’autres] prirent le relai et vinrent s’abattre sur les shayatin sur la terre même.
Harcelés ainsi, poussés dans leur retranchements, les shayatin n’eurent d’autre choix que de fuir. Ainsi, dans leur débandade, ils ressemblaient aux [héros] qui composaient l’armée de [Abrahah], le roi du Yémen qui avait subi un sort semblable. En effet, Abrahah, dont le nom signifie « au blanc visage », était un roi du Yémen vassal de celui d’Ethiopie. Il voulut, l’année de la naissance du prophète ‘alayhis salatu was salam, attaquer la Mecque. Le pèlerinage qui s’y déroulait drainait tout le commerce de la péninsule arabique et rétrogradait le Yémen. Il voulut donc s’emparer de la Ka’bah et la détruire pour mettre fin au commerce qui enrichissait la cité. Arrivé devant les montagnes de la Mecque, lui et son armée furent attaqués par des volées d’oiseaux qui leur jetaient des pierres. Cette grande armée fut donc défaite et ses héros prirent la fuite avant d’avoir atteint leur but. Les shayatin, dans leur fuite des météores célestes, ressemblaient à cette armée défaite elle aussi par des pierres. L’auteur fait référence à cette histoire car elle fait partie des signes évidents de la naissance du messager d’Allah, ‘alayhis salatu was salam. En effet, il naquit quelques jours après cet événement. Dans leur fuite aussi ainsi que leur défaite, les shayatin ressemblaient à cette [armée] qui n’est autre que l’armée des Mecquois sur qui [il] c’est-à-dire, les messager d’Allah lui-même, ‘alayhis salatu was salam [jeta des pierres] qui furent les prémices de leur défaite lors de la bataille de Badr. Ces pierres furent jetées de ses [paumes] nobles et c’est pourquoi Allah dit : « ce n’est pas toi qui a jeté quand tu as jeté, mais c’est Allah qui a jeté ». Cette armée mecquoise aussi fut battue par cette poignée de pierres car il est rapporté dans le hadith que nul de ceux qu’elles avaient touchés n’avait survécu à cette bataille et qu’ils étaient tous morts défigurés.
Ces pierres qu’il [jeta] avaient en fait prononcé le tasbih entre ses mains une fois qu’il les eut prises. Il s’agit ici d’un de ses miracles éclatants qui attestent de la révérence que lui portaient les objets, bien loin de l’insouciance dont font preuve les humains. Ces pierres, qui étaient honorées par ses mains bénies , firent la [louange] d’Allah pour le bienfait de se retrouver dans [ ses paumes]. Le poète compare ce jet de pierres au sort qui fut celui d’un des prophètes d’Allah, à savoir sayyidina Yunus, ‘alayhis salam. Il fut [jeté], lui qui fut un [louangeur] d’Allah hors des entrailles d’un grand poisson qui l’avait avalé. Envoyé à son peuple, il fut excédé de leur mécréance, s’éloigna d’eux et leur promit le châtiment. Il monta sur un bateau qui refusa de s’avancer en pleine mer. Le sort le désigna pour être jeté par-dessus bord pour que le bateau reprenne sa route. Il fut ainsi avalé par ce poisson. Allah dit : « s’il n'avait pas été parmi les gens de la louange, il serait resté dans son ventre jusqu’au jour de la résurrection ». En effet, sayyiduna Yunus resta dans les ténèbres et l’isolement du ventre de ce poisson pendant quarante jours, comme il est rapporté. Ce nombre n’est certes pas anondin, car correspondant à celui de la réalisation spirituelle. Il finit cette période de retraite par une louange qui est mentionnée par Allah « louange à toi, j’ai été parmi les injustes ». De fait, il fut rejeté hors du [ventre de l’avaleur], c’est-à-dire du poisson qui lui servit de khulwah.
Nous clôturons ici ce commentaire des vers de la Burdah. La louange appartient à Allah à son début et à sa fin.
مولاي صل وسلم دائما ابدا على حبيبك خير الخلق كلهم
ياربي صلي على محمد وعلى ساداتنا الـه وصحبه الكـرام
[1] Rapporté par al Bayhaqiy dans ses sunan avec une chaîne hassan
[2] Rapporté par at Tabaraniy dans al awsat avec une chaîne hassan
[3] De son vrai nom Shaybah, selon la version la plus authentique
[4] De son vrai nom ‘Amru
[5] De son vrai nom Mughirah
[6] De son vrai nom Majmu’. D’autres noms ont été donnés comme Yazid et Zayd
[7] De son vrai nom Hakim
[8] De son vrai nom Quraysh. C’est de lui que la tribu de Quraysh tire son nom
[9] De son vrai nom Qays
[10] De nizr, qui veut dire peu. Il est rapporté que quand il naquit et que son père vit la Lumière muhammédienne entre ses yeux, il fut pris d’une grande joie et donna des festins. Il dit cependant « tout ceci est bien peu pour cet enfant ». De cela, il fut nommé nizar
[11] Rapporté par at Tabaraniy dans al kabir
[12] Rapporté par Ahmed, al Bazzar, Ibn Hibban
[13] C’est le sens littéral de l’hémistiche que nous avons traduit par « que leurs cultes faux n’alalient point se relever »