L’essentiel du jeûne (Sawm)

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بسم الله الرحمن الرحيم
الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

L’essentiel du jeûne (Sawm)

Le jeûne désigne dans la langue arabe le fait de s’abstenir de quelque chose, à l’image de la parole de sayyidah Maryam : « Je fais vœu d’abstinence (sawm) et je ne parlerai à personne aujourd’hui » [1]. Dans la méthodologie juridique, il renvoie au fait de s’abstenir des passions du ventre et du sexe de l’aube jusqu’au coucher du soleil avec l’intention de se rapprocher d’Allah.

Le jeûne est un des cinq piliers sur lesquels est bâti l’Islam conformément au hadith : « L’Islam a été bâti sur cinq : la vision qu’il n’y a de dieu qu’Allah et que Muhammad est le messager d’Allah, l’accomplissement de la salat, donner la zakat, le pèlerinage à la maison et le jeûne de Ramadan » [2].

Sa période d’obligation est l’entrée du mois de Ramadan. En effet, le jeûne de ce mois est une obligation pour chaque musulman en ayant rempli les conditions. Allah dit : « O les croyants, il vous a été prescrit le jeûne comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés pour que vous atteigniez le piété » [3].

Et : « Le mois de Ramadan dans lequel a été descendu le coran comme guide pour les gens ainsi que preuve pour la guidance et le discernement. Quiconque est témoin parmi vous du mois, qu’il le jeûne » [4]

Les obligations du jeûne

La première obligation est de porter l’intention.

Dans notre école, il suffira pour la personne de porter l’intention du jeûne de tout le mois au soir du premier de Ramadan. Cette intention couvrira tous les jours de jeûne. En effet, Allah dit : « quiconque est témoin parmi vous du mois, qu’il le jeûne ! » [5].

De sorte, il est inconcevable que le musulman ait l’intention de jeûner certains jours de ce mois et d’en abandonner certains autres. L’intention de tout musulman est de jeûner le mois en entier et c’est cela qui justifie, selon Malik, une intention unique au début du mois sans avoir besoin de la répéter tous les jours. Il en sera de même pour tous les jeûnes qui impliquent un enchaînement de jours. Il est recommandé pourtant pour le musulman de renouveler cette intention chaque nuit du Ramadan.

celui qui a eu une interruption dans l’enchaînement des jours, à l’exemple des menstrues des femmes, du malade ou de la femme enceinte, il lui sera obligatoire de renouveler l’intention au moment de reprendre le jeûne. Quant au voyageur qui n’est pas obligé de jeûner, il devra porter l’intention chaque fois qu’il préfère jeûner au lieu de rompre.

L’intention devra être formulée donc la nuit , après le coucher du soleil et avant l’aube. Celui qui s’est endormi au moment du fajr mais en ayant formulé l’intention dans la nuit, son jeûne sera valide. Par contre, celui qui s’évanouit ou est atteint d’un accès de folie au moment du fajr, son intention sera devenue nulle et son jeûne ne sera valide. En effet, la conscience est requise au moment du fajr pour quiconque veut valider son jeûne. Celui qui s’évanouit ou est atteint de folie la nuit devra aussi reformuler l’intention du jeûne du fait de la perte de conscience.

Celui qui se décharge de son intention de jeûner pendant un jour du mois verra son jeûne invalide, même s’il n’a commis aucune des actions qui le rendent nul, comme manger ou boire.

Nous faisons aussi remarquer que l’intention est une disposition intérieure et que la formuler oralement est une innovation détestée pour les malikites.

La seconde obligation du jeûne est de s’abstenir de toute chose rompant le jeûne

La première de ces choses est la relation sexuelle, qu’elle soit faite par le vagin ou l’anus, avec un homme, une femme ou un animal, vivant ou mort. La relation sexuelle est la disparition du gland de l’homme dans un autre sexe.

De même rompt le jeûne la sortie du sperme et du madhy, le liquide préséminal, s’ils sortent en mode normal. Cela implique que si ces liquides sortent à la suite de pensées érotiques, de regards lascifs ou de préliminaires sexuels, le jeûne sera rompu. Par contre, s’ils sortent à la suite d’un choc thermique ou d’un plaisir qui en général, chez la personne, n’en provoque pas la sortie, le jeûne reste valide.

Vomir volontairement rompt aussi le jeûne. Il n’y a pas de mal si le vomissement est involontairement, sauf si la personne en ravale une partie ou s’il était en mesure de se retenir et qu’il ne l’a pas fait. Dans ces cas, son jeûne devient invalide.

Il est aussi obligatoire de s’abstenir de faire parvenir tout liquide , de quelque nature que ce soit, à la gorge, même si ce liquide n’arrive pas à l’estomac. Il n’est pas obligé que ce liquide passe par la bouche pour annuler le jeûne. S’il passe par d’autres orifices comme les oreilles ou le nez et qu’il arrive à la gorge, le jeûne sera invalide. De même, il n’est pas conditionné que cette arrivée ait été faite volontairement. Même par inadvertance, l’arrivée à la gorge d’un liquide annulera le jeûne. Cependant, cette règle ne s’applique que pour le jour du Ramadan. Si la personne d’enduit d’une pommade la nuit mais ne retrouve son goût dans la gorge que le jour, son jeûne reste valide. Si par contre il s’en enduit le jour et ressent la même chose, le jeûne devient invalide.

Les savants ont mentionné aussi, comme annulatif, le fait qu’un liquide arrive à l’estomac par la voie basse, c’est-à-dire par l’anus. En réalité, les connaissances actuelles montrent que cette éventualité est impossible, n’existant pas de conduit direct entre l’anus et l’estomac.

L’arrivée d’un gaz à la gorge aussi annule le jeûne, si ce gaz a été inspiré par la personne. Ainsi, le jeûneur devra prendre ses précautions pour ne pas s’enduire de parfum ou se trouver dans un endroit exhalant de l’encens ou de la vapeur. En effet, si le goût de ce gaz se retrouve dans la gorge, le jeûne sera annulé s’il l’a inspiré, même s’il s’agit de son travail. Si par contre ce gaz arrive à sa gorge sans inspiration, le jeûne reste valide. Quant à la poussière de la route, aux mouches et puces qui pourraient arriver à la gorge par inadvertance, cela ne cause aucun mal au jeûneur et est excusé.

Par contre, l’arrivée d’un solide à l’estomac annule le jeûne à condition qu’il passe par la bouche. De sorte, si ce solide arrive par une autre voie, il ne constituera pas un annulatif.

Les choses recommandées et détestées

Il est recommandé au jeûneur de retenir ses membres ainsi que sa langue de toute désobéissance et de ne s’occuper que de ce qui le rapproche d’Allah.

Il est aussi recommandé de hâter le repas de fin de jeûne et de l’effectuer avant la prière. En parallèle, on retardera le repas du début du jeûne autant que possible avant le fajr.

Il sera détesté de goûter une nourriture comme le sel ou le miel de peur que cela n’annule le jeûne.

Il sera de même détesté de mâcher une chose ayant du goût sachant que son arrivée à la gorge invalide le jeûne.

Les préliminaires sexuels, comme le baiser, le toucher, sont détestés pour celui qui est certain que cela n’entraîne ni émission de sperme ni de madhy. Quant à celui qui en doute (shakk), ou le présume (zan), cela lui sera interdit et encore plus s’il en est sûr.

Il sera détesté aussi de se parfumer lors du jour du jeûne, de peur de l’occurrence du goût du parfum dans la gorge.

Le fait de jeûner continuellement, à savoir de ne pas interrompre le jeûne par un repas, sera détesté aussi, du fait des textes parvenus à ce sujet.

و صلي الله و سلم علي سيدنا محمد و علي آله

 


[1] Sourate Maryam, v 26
إِنِّي نَذَرْتُ لِلرَّحْمَنِ صَوْماً فَلَنْ أُكَلِّمَ الْيَوْمَ إِنسِيّاً
[2] Rapporté par al Bukhariy et Muslim
نِ ابْنِ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا ، قَالَ : قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ : ” بُنِيَ الْإِسْلَامُ عَلَى خَمْسٍ ، شَهَادَةِ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللَّهِ ، وَإِقَامِ الصَّلَاةِ ، وَإِيتَاءِ الزَّكَاةِ ، وَالْحَجِّ ، وَصَوْمِ رَمَضَانَ
[3] Sourate al baqarah, v 183-184
يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِن قَبْلِكُمْ لَعَلَّكُمْ تَتَّقُونَ
[4] Sourate al baqarh, v 185
شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِيَ أُنزِلَ فِيهِ الْقُرْآنُ هُدًى لِّلنَّاسِ وَبَيِّنَاتٍ مِّنَ الْهُدَى وَالْفُرْقَانِ فَمَن شَهِدَ مِنكُمُ الشَّهْرَ فَلْيَصُمْهُ
[5] idem