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30 août 2016

Sur l’obligation de la Hijrah

بسم الله الرحمن الرحيم
الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Nombreux ont été les frères et sœurs nous ayant interrogés sur le jugement de la hijrah dans l’école malikite. L’acuité de cette question pour le public francophone, en plus de l’obligation de diffusion de la science, nous a décidés à la traiter pour éclairer quiconque a une interrogation à ce sujet.

La hijrah est le fait de quitter une terre d’où on est originaire pour une terre où s’applique la shari’ah d’Allah et de son prophète ﷺ. Aux temps prophétiques, elle a été rendue obligatoire pour tout musulman dès que le messager d’Allah , a reçu l’ordre de s’acheminer vers al Madinah. Dès lors, la hijrah est devenue une composante de la foi et nul n’était considéré comme véritablement musulman qu’après avoir rejoint le prophète ﷺ à al Madinah. En effet, Allah a dit :

« Et ceux qui ont porté la foi, ont fait la hijrah et le jihad dans le chemin d’Allah ainsi que ceux qui les ont accueilli et secouru, voilà les vrais croyants ! » [1].

Pour toute personne qui entrait dans l’Islam, la hijrah était une condition pour l’acceptation de son allégeance. L’imam Ahmed a rapporté, ainsi que an Nasa’iy et al Bayhaqiy dans leur « al kubra » respectif :

« Selon Jabir ibn ‘Abdillah : « j’ai été voir le messager d’Allahﷺ alors qu’il prenait l’allégeance des gens et je dis : « O messager d’Allah, étends ta main pour que je fasse l’allégeance. Et pose la condition que tu veux, tu es certes plus savant que moi de la condition à poser ». Il dit : « Je prends ton allégeance à condition d’adorer Allah, de faire la salat, de donner la zakat, d’être sincère avec les croyants et de te séparer des associateurs »[2].

Ainsi donc, la complétude la foi impliquait de quitter les terres sur lesquelles Allah a interdit la résidence et de rejoindre la terre de l’Islam. Or, cette règle reste en vigueur selon le consensus des musulmans.

« Je me désavoue de tout musulman vivant parmi les associateurs »

Il est interdit pour le musulman de vivre sur une terre de mécréance et faire la hijrah de cette terre est obligatoire, et ce, jusqu’au lever du soleil à l’ouest. De même, quitter la terre où se commettent constamment des péchés pour une terre d’obéissance est une obligation pour chaque musulman. Cette règle est mutaffaq ‘alayhi, unanime dans l’école malikite.

Allah a dit :

« Ceux que les anges font mourir alors qu’ils sont injustes avec eux-mêmes, ils leur diront : « où étiez-vous ? ». Ils diront : « nous étions faibles sur la terre ». Ils diront : « La terre d’Allah n’était-elle pas assez large pour que vous y fassiez hijrah ? » Voilà ceux dont la demeure est l’enfer et quelle mauvaise destination ! » [3].

Dans son tafsir, al Qurtubiy a dit : « c'est-à-dire : n’étiez vous pas en mesure et capacité de vous éloigner de ceux qui vous rendaient faibles ? » Dans ce verset, se trouve la preuve de la hijrah d’une terre où se commet la désobéissance » [4].

Le chaykh Makkiy ibn abi Talib a dit : « A partir du jour où ce verset a été révélé, celui qui devenait musulman sans faire la hijrah restait mécréant jusqu’à faire la hijrah ». [5]

Dans un hadith rapporté par at Tirmidhiy et an Nasa’iy, le messager d’Allah ﷺ a dit :

« Je me désavoue de tout musulman vivant au milieu des associateurs ». On dit : «Pourquoi, O messager d’Allah ?». Il répondit : « leurs feux ne doivent pas se faire face » [6].

Commentant ce hadith, le Qadiy Abu Bakr ibn ‘Arabiy a dit :

« Dans ce hadith, (se trouve la preuve) qu’Allah a interdit en premier aux musulmans de vivre au milieu des associateurs à Makkah et leur a rendu obligatoire de rejoindre le prophète ﷺ à al Madinah. Quand Makkah fut conquise, l’obligation de la hijrah (de Makkah) fut abrogée et l’interdiction de vivre parmi les associateurs fut maintenue. » [7].

Dans un autre hadith :

« Je désavoue ma protection de quiconque vivant avec les associateurs dans leurs demeures » [8].

Ainsi donc, la hijrah d’un pays de mécréance vers les terres de l’Islam est une obligation individuelle pour toute personne en ayant la capacité. Cette obligation n’a pas été abrogée avec la conquête de Makkah, bien au contraire. En effet, le prophète ﷺ a dit :

« La hijrah ne cessera tant que le repentir lui-même ne cessera pas. Et le repentir ne cessera tant que le soleil ne se lèvera pas de l’occident » [9].

Les musulmans sont unanimes sur la persistance de l’obligation de la hijrah des terres de la mécréance vers la terre d’Islam. Quant au hadith : « Point de hijrah après la conquête de Makkah », nul ne l’a compris comme prouvant la fin de cette obligation.

An Nawawiy a dit : « Nos compagnons et d’autres parmi les savants ont dit : la hijrah de la terre de mécréance (dar al harb) à la terre d’Islam reste en vigueur jusqu’au jour de la résurrection ». Ils ont expliqué ce hadith par deux façons. La première est qu’il n’y a plus de hijrah de Makkah car elle est devenue terre d’Islam et on n’imagine point faire la hijrah de cette ville. La deuxième explication, qui est la plus authentique, est que la hijrah renfermant un mérite important et recherché et qui particularise ceux qui la font d’une manière extraordinaire, a cessé après la conquête de Makkah. Ceux qui l’ont faite avant la conquête de Makkah ont acquis ce prestige. En effet, l’Islam est devenu fort et puissant après la conquête de Makkah contrairement à ce qui était avant » [10].

Quant au Qadiy ibn ‘Arabiy, il a dit :

« Les catégories de hijrah sont au nombre de six. La première est la hijrah par peur pour sa religion et sa vie comme la hijrah du prophète ﷺ et de ses compagnons mecquois. Elle était pour eux obligatoire et la foi n’était pas valide sans elle. La deuxième est la hijrah vers le prophèteﷺ  dans le pays où il s’est installé. Il a pris l’allégeance de ceux qui voulaient faire la hijrah alors qu’il avait pris l’allégeance des autres pour l’Islam (seulement) et ainsi de suite jusqu’aux autres catégories. Ce sont ces deux hijrah qui ont été interrompues après la conquête de Makkah. Quant à la hijrah de la terre de mécréance, elle est une obligation jusqu’au jour de la résurrection. Il en est de même que la hijrah de la terre où se commet le haram et le faux par l’injustice et l’oppression. Le prophète ﷺ a dit : « Peu s’en faut que le meilleur bien du musulman soit un troupeau de moutons qu’il fait paître au sommet d’une montagne et sur les lieux pluvieux fuyant pour sa religion les tentations ». Ashhab a rapporté de Malik : « On ne réside pas dans un lieu où se fait autre que la vérité. » [11].

La hijrah dans le fiqh maliki

La position unanime de l’école malikite est l’interdiction de vivre sur la terre des mécréants et l’obligation de rejoindre le pays de l’Islam et il n’y a pas de divergence sur cette question, ni entre les devanciers, ni entre les tardifs. L’imam Malik a interdit le fait de voyager temporairement dans la terre de mécréance pour une affaire mondaine, que dire donc d’y résider ?

Dans al Mudawwanah : « Sahnun ibn Sa’id a dit : « J’ai dit à ibn al Qasim : « Est ce que Malik détestait qu’un homme aille faire du commerce sur la terre de mécréance ? » Il dit : « Oui, Malik le réprouvait fortement. Il disait : « il ne doit pas sortir vers leurs pays de sorte que les lois du shirk s’appliquent sur lui » [12].

Dans al ‘Utbiyyah : « Malik a été interrogé sur le fait de voyager vers les pays du shirk par terre ou par mer, pour le commerce et il dit : « je n’aime pas cela et je ne vois pas qu’il ait le droit. Allah a donné à chaque vie un terme et une subsistance qui lui est garantie. (Ce voyage) fait s’appliquer sur lui leurs lois et je ne vois pas qu’il ait le droit » [13].

Le Qadiy Abul Walid ibn Rushd a dit, en commentant cette parole de l’imam : « Sa parole « je n’aime pas cela et je ne vois pas.. » son sens est que cela n’est pas licite et n’est pas permis. »

Il dit aussi : « Parmi ce qui prouve que cela n’est pas permis (voyager vers les terres des mécréants), il y a le consensus (ijma’) des savants que celui qui se convertit à l’islam dans la terre des mécréance, il lui sera obligatoire de rejoindre la terre d’Islam. Il n’y résidera pas afin que les lois de la mécréance ne s’appliquent pas sur lui. Si sortir de cette terre est obligatoire sans conteste, y entrer est tout aussi interdit de façon formelle. Celui qui fait cela en toute volonté, sans être contraint et sachant que cela n’est pas permis, aura porté atteinte à son intégrité et sera déchu de son habilité à témoigner et à être imam, comme l’a dit Sahnun […]. Il est en effet inconcevable que l’on accepte le témoignage de quelqu’un qui entre dans la terre des mécréants pour du commerce et pour le bas-monde tout en sachant que cela n’est pas permis et que les lois du shirk s’appliqueront sur lui. Pour moins que cela, un témoin voit son intégrité remise en cause et son témoignage rejeté. Malik a détesté le fait de résider dans un pays où les Salaf sont insultés, que dire donc d’un pays où on mécroit au Miséricordieux, où on adore des idoles en dehors de Lui ? Ne peut supporter cela une âme portant la foi authentique. » [14].

L’imam al Maziriy fut interrogé sur les juges et témoins musulmans vivant en Sicile, après sa reconquête par les chrétiens. Leur jugement et témoignage sont-ils valides ? Il répondit :

« Ce qui peut leur être reproché dans cette question peut être traité en deux volets. Le premier se porte sur le qadiy et l’explication concernant sa ‘adalah. En effet, il n’est pas permis de résider en terre de mécréance (dar al harb) sous la direction des gens de la mécréance. Le second volet porte sur la gouvernance car le qadiy est appointé par les gens de la mécréance […].Celui qui vit dans le pays de mécréance sous la contrainte, il n’y a point de doute que rien ne lui est reproché sur sa ‘adalah. Il en est de même s’il effectue une interprétation vraie comme le fait que sa résidence dans la terre de mécréance soit en espérance de la guidée des gens de la mécréance ou de les sortir de leur perdition comme l’a indiqué al Baqillaniy. Des compagnons de Malik ont aussi indiqué la permission d’y entrer pour libérer un prisonnier. Par contre, s’il reste sous la loi de l’ignorance (jahiliyyah) en se détournant de toute interprétation en toute volonté, ceci représente une atteinte à sa ‘adalah. » [15].

Après la conquête de Grenade par les chrétiens et la défaite des musulmans, le chaykh Ahmed ibn Yahya al Wansharisiy fut interrogé s’il était possible de résider sous leur domination vu qu’ils assuraient aux musulmans la possibilité de garder leur religion selon le pacte qu’ils avaient conclu [16]. Il répondit :

« La hijrah de la terre de mécréance vers la terre d’Islam est une obligation jusqu’au jour de la résurrection. Il en est de même pour la hijrah d’une terre où se commet le haram ainsi que le faux par l’injustice et la fitnah. Le messager d’Allahﷺ  a dit : « Peu s’en faut que le meilleur bien d’un musulman soit un troupeau de moutons qu’il fait paître au sommet d’une montagne ou sur les lieux pluvieux fuyant les tentations pour sa religion ». L’ont rapporté al Bukhariy ainsi que dans al Muwattta, Abu Dawud, et an Nasa’iy. Ashhab a rapporté de Malik : « Nul ne doit habiter dans un lieu où se fait autre que la vérité. » […] Cette hijrah obligatoire n’est pas annulée pour ceux là sur qui le tyran a pris le pouvoir, qu’Allah le maudisse, en prenant leurs forteresses et leurs villes sauf en cas d’incapacité de la faire par tout moyen possible. Cette obligation n’est pas annulée par [amour] de la patrie ou des biens. En effet, toutes ces causes sont invalides dans la shari’ah (pour rester en terre de mécréance). Allah a dit : « Sauf les faibles parmi les hommes, les femmes et les enfants qui ne peuvent établir une voie de sortie ni se guider sur le chemin ». Ceux là, il se peut qu’Allah les excuse et Allah est Excuseur et Pardonneur ». Cette faiblesse ici décrite est celle qui est pardonnée, contrairement à la faiblesse de celui qui s’excuse en début et milieu du verset. Il s’agit de la parole de l’injuste vers soi-même « nous étions faibles sur la terre ». Allah n’accepte pas leur parole comme excuse et cela montre qu’ils étaient capables de faire la hijrah par un des moyens possibles. Il a par contre excusé la faiblesse de celui qui ne pouvait établir une voie de sortie ni se guider sur le chemin par Sa Parole : «  Ceux là, il se peut qu’Allah les excuse et Allah est Excuseur et Pardonneur ». Le mot « Il se peut » indique pour Allah l’obligation. Le faible qui est châtié au milieu du verset est celui qui était capable de faire la hijrah par un moyen possible. Le faible qui est excusé pour son incapacité est celui qui ne pouvait faire la hijrah par aucun moyen dans l’absolu. » [17].

L’incapable pourtant devra garder l’intention de faire la hijrah et la faire dès qu’il en aura la capacité, selon la parole du chaykh al Wansharisiy. Le chaykh fut aussi interrogé sur un habitant de Marballah qui était resté après sa conquête par les chrétiens pour chercher son frère disparu. Il fut ensuite conseiller du roi catholique et usait de cela pour améliorer le sort des musulmans. Que doit-on penser de lui ? Il répondit de même :

« Il est obligatoire pour chaque croyant portant la foi en Allah et au jour dernier de se presser à préserver sa foi par le fait de s’éloigner et de fuir des habitations des ennemis du Bien-Aimé Miséricordieux. Justifier la résidence de cet homme noble par le fait qu’il soit l’interprète entre le tyran et ceux qu’il protège parmi ce groupe de désobéissants (musulmans) ne lui enlève pas l’obligation de la hijrah. Seul quelqu’un feignant l’ignorance ou vraiment ignorant, dégénéré, n’ayant aucune connaissance de la shari’ah peut s’illusionne au point de croire que les arguments contraires présentés dans la question pourraient contredire le caractère d’obligation (de la hijrah). Habiter avec les mécréants, sauf s’ils sont protégés (par les musulmans), n’est pas permis ni licite ne serait-ce qu’une heure de la journée à cause de ce qu’il en résulte de déshonneur, de méfaits ainsi que de corruption dans la religion et les affaires mondaines tout au long de la vie » [18].

Il est dès lors clair que l’école de l’imam Malik n’accepte point le fait de vivre en terre de mécréance, même si on y a la possibilité de vivre sa religion en sécurité et même si on a la possibilité d’y établir certaines règles de la Shari’ah. En effet, Ibn ‘Arafah et al Maziriy ont affirmé avec force que le jugement rendu par un juge vivant volontairement en terre de mécréance n’était en aucun cas recevable, du fait que le gouverneur mécréant n’a pas l’autorité pour établir un juge. De même, le témoignage des musulmans vivant en ces terres est nul, il n’est donc pas concevable qu’il y ait jugement sans témoignage.

Le chaykh ‘Illish al malikiy a cité la parole de al Wansharisiy dans ses futya :

« Tu ne trouveras point, sur l’interdiction de cette résidence (en terre de mécréance) ainsi que le fait de les prendre comme alliés dans la mécréance, de divergence entre les gens de la qiblah accrochés au livre majestueux que « le faux ne l’atteint ni de devant ni de derrière, une révélation d’un Sage Digne de louanges ». C’est une interdiction qui est sans appel dans la religion au même titre que l’interdiction du cadavre, du sang, de la viande de porc, le meurtre d’une âme sans droit ainsi que tout ce qui y ressemble parmi les cinq catégories sur lesquelles les maîtres de la religion se sont prononcés sans appel sur l’interdiction. » [19].

Dans les Nawazil de ibn Tarkan, le chaykh al ‘Abdusiy a dit sur les musulmans vivant dans le pays des chrétiens :

« Si leur résidence sur cette terre est faite en toute volonté, il n’y a point de doute qu’il s’agit d’un grand péché qui fait tomber l’habilité à témoigner. En effet, leur résidence au milieu des mécréants avec la possibilité de faire hijrah est interdite par consensus (ijma’). Le messager d’Allahﷺ a dit : « Je me désavoue de tout musulman résidant avec les associateurs ». S’ils leur interdisent de sortir si ce n’est en abandonnant leurs biens sans atteinte à leur personne ou leur famille, il leur est obligatoire de sortir de cette terre en donnant leurs biens s’il leur reste de quoi atteindre le pays de l’Islam » [20].

Sur quelle terre faire la hijrah ?

Dans l’école des gens de Madinah, la hijrah des terres de la mécréance est une obligation absolue. La règle de la hijrah ne se limite pas seulement aux pays mécréants, mais est générale pour tout pays où les innovations et les perversités se sont répandues, même s’il s’agit de terre musulmane. Le chaykh az Zayatiy a dit :

« la hijrah est de plusieurs sortes : la hijrah de la terre de mécréance vers la terre de foi, la hijrah d’une terre où s’est multipliée l’innovation et la désobéissance et la hijrah des créatures vers le Maître Tout-Puissant […]. Quant à la hijrah du pays de l’humiliation, de l’injustice et de l’innovation, elle est aussi obligatoire sans pour autant l’être autant que celle de la terre de mécréance. Cela est encore plus vrai pour les gens de science et il ne leur est pas permis de s’humilier eux-mêmes alors qu’Allah les a ennoblis par le coran et la science » [21].

Le fait que notre époque soit dépourvue de réel pays appliquant la loi d’Allah dans sa rectitude n’annule pas l’obligation de la hijrah. En effet, quitter le pays de la mécréance n’accepte aucune échappatoire sauf pour celui qui craint pour sa vie ou n’en est pas capable physiquement. La hijrah d’un pays d’injustice répond quant à elle à une gradation. Le musulman devra choisir le pays où la perversion s’est le moins répandue, le pays où il n’est point inquiété dans sa pratique de l’Islam et où il peut préserver sa foi. Le Qadiy Abu Bakr al ‘Arabiy a dit :

« Si l’on dit : Si on ne trouve de pays que ceux ressemblant à cela (aux pays de perversion) ?

On répond : la personne choisira alors le pays où il y a moins de péché comme par exemple s’il était dans un pays où il y a de la mécréance, le pays où il y a de l’injustice sera préférable. Ou bien, en comparaison avec le pays où il y a de la justice mais où se commet l’interdit, le pays d’injustice mais où se fait le licite sera préférable pour y résider. Le pays où il y a de la désobéissance dans les droits d’Allah est préférable au pays où il y a de la désobéissance dans l’oppression des créatures » [22].

Le chaykh ‘Umar ibn Sa’id Tall al Futiy al Tijaniy a dit : « Dans tabyin al maharim : « Quant à la hijrah dans le pays de l’Islam, d’une terre à une autre, elle n’est pas obligatoire car celui qui ne peut accomplir sa religion dans le pays de l’Islam, la hijrah ne lui est pas obligatoire. Par contre, si le mal gagne son pays et que les désobéissances se multiplient, il lui est recommandé de fuir vers un pays où le bien est prépondérant. Si par contre l’injustice de ce pays arrive au point de faire des faux témoignages et d’autres choses pareilles, la hijrah est obligatoire alors ». Il est dit dans as siraj, à la parole d’Allah dans la sourate az zumar « la terre d’Allah est grande » : « Il s’agit ici d’une exhortation à faire la hijrah d’un pays où les péchés sont devenus apparents et en atteste la parole d’Allah : « Où étiez-vous ? Ils diront « nous étions faibles sur la terre ». Ils diront : « la terre d’Allah n’était-elle pas assez grande pour que vous y fassiez la hijrah ? ». Sa’id ibn Jubayr a dit : « Celui à qui il est ordonné de commettre une désobéissance dans un pays doit en faire hijrah ». Dans lubab at ta’wil au même verset : « Il s’agit d’une incitation à faire la hijrah d’un pays où la désobéissance est devenue apparente. Il a été dit : « Celui à qui il est ordonné de commettre une désobéissance dans un pays doit en faire hijrah ». Dans les deux sahih, selon Zaynab bint Jahsh, le prophète ﷺ entra chez elle un jour, alarmé : « Point de dieu qu’Allah ! Malheur aux arabes pour un mal qui s’est approché ! Ce jour, la barrière des Ya’juj et Ma’juj s’est ouverte d’une brèche de cette taille » et il fit un cercle avec son index et le doigt qui le suit. Je dis : « O messager d’Allah, allons-nous être détruits alors qu’il y a parmi nous des pieux ? » Il dit : « Si, quand le mal se sera multiplié » [23].

Il dit aussi : « Il est évident pour celui qui réside au milieu de gens commettant le mal au grand jour sans qu’il ne puisse rien y changer et qu’il cesse finalement de vouloir changer cela en résidant dans ce pays, même en s’écartant de ces gens, il devient lui-même laxiste, pécheur et mérite de droit le châtiment. En effet, s’il est véridique dans son amour et sa détestation pour Allah, il n’a d’autre solution que de s’éloigner d’eux. S’il s’éloigne d’eux pour Allah et que ces gens voient qu’il essaie de changer le mal et que, malgré cela, ils lui nuisent par tout moyen, si cette personne cherche la paix dans ce monde, dans le Barzakh et l’au-delà, il n’a pas d’autre solution que la hijrah. S’il fait la hijrah, fuyant pour sa religion en étant véridique dans cela, Allah le renforcera par une assistance, que ce soit par une des voies par lesquelles l’assistance vient ou bien par plusieurs voies par lesquelles il rassemble toute l’assistance d’Allah. Par cela, il devient évident et clairement apparent, sans aucun doute possible, qu’il n’est ni idiot, ni ignorant, ni débile et encore moins perdu différemment de ceux qui ont été empêchés de faire la hijrah des lieux où ils voient nuit et jour des choses rèprouvables sans pouvoir les changer. Ils ont délaissé la hijrah pour un des avantages de ce bas-monde éphémère qui ne vaut même pas le poids d’une aile de mouche auprès d’Allah ». Ici finit la citation du Hajj ‘Umar ibn Sa’id Tall. Regarde donc dans rimah hizb ar Rahim à la section cinquante-une où le chaykh a exposé la question avec éloquence et détails.

وصلّى الله وسلّم على سيّدنا محمد وعلى آله


[1] Sourate al Anfal, v 74
وَالَّذِينَ آمَنُواْ وَهَاجَرُواْ وَجَاهَدُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ وَالَّذِينَ آوَواْ وَّنَصَرُواْ أُولَـئِكَ هُمُ الْمُؤْمِنُونَ حَقّاً
[2] Rapporté dans le Musnad de Ahmed, as sunan al kubra de an Nasa’iy et de al Bayhaqiy
[3] Sourate an Nisa, v 96
إِنَّ ٱلَّذِينَ تَوَفَّاهُمُ ٱلْمَلاۤئِكَةُ ظَالِمِيۤ أَنْفُسِهِمْ قَالُواْ فِيمَ كُنتُمْ قَالُواْ كُنَّا مُسْتَضْعَفِينَ فِي ٱلأَرْضِ قَالْوۤاْ أَلَمْ تَكُنْ أَرْضُ ٱللَّهِ وَاسِعَةً فَتُهَاجِرُواْ فِيهَا فَأُوْلَـٰئِكَ مَأْوَاهُمْ جَهَنَّمُ وَسَآءَتْ مَصِيراً
Ce verset a été révélé à propos de musulmans qui étaient restés à al Makkah alors que l’ordre de la Hijrah avait été donné. Certains parmi eux apostasièrent. D’autres restèrent musulmans mais finirent par combattre le prophète ‘alayhis salatu was salam à la bataille de Badr. Ce verset montre leur dialogue avec les anges qui leur demandaient s’ils étaient des musulmans ou des mécréants.
[4] Jami’ ahkam al qur’an
[5] Al hidayah ila bulugh an nihayah
[6] Rapporté par Abu Dawud, at Tirmidhiy et an Nasa’iy. Il s’agit d’un hadith authentique et marfu’ selon la riwayah de at Tabaraniy. Al Haythamiy a dit dans majmu’ az zawa’id : « at Tabarani l’a rapporté et ses hommes sont dignes de confiance ». Les autres l’ont rapporté avec une chaîne mursal, tout aussi authentique.

‏بعث رسول الله ‏ ‏صلى الله عليه وسلم ‏ ‏سرية ‏ ‏إلى ‏ ‏خثعم ‏ ‏فاعتصم ناس منهم بالسجود فأسرع فيهم القتل قال فبلغ ذلك النبي ‏ ‏صلى الله عليه وسلم ‏ ‏فأمر لهم بنصف ‏ ‏العقل ‏ ‏وقال ‏ ‏أنا بريء من كل مسلم يقيم بين أظهر المشركين قالوا يا رسول الله لم قال لا ‏ ‏تراءى ‏ ‏ناراهما
[7] ‘Aridah al ahwaziy
[8] Rapporté par at Tabaraniy dans al kabir et al Bayhaqiy dans al kubra. Cette relation a plusieurs riwayat qui ont le degré du hassan.
عَنْ جَرِيرٍ ، عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، قَالَ : " بَرِئَتِ الذِّمَّةُ مِمَّنْ أَقَامَ مَعَ الْمُشْرِكِينَ فِي دِيَارِهِمْ
[9] Rapporté par an Nasa’iy dans ses sunan et Ahmed dans son Musnad
قَالَ مُعَاوِيَةُ : سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، يَقُولُ : " لا تَنْقَطِعُ الْهِجْرَةُ حَتَّى تَنْقَطِعَ التَّوْبَةُ ، وَلا تَنْقَطِعُ التَّوْبَةُ حَتَّى تَطْلُعَ الشَّمْسُ مِنْ قِبَلِ الْمَغْرِبِ
[10] Al Minhaj fi sharh Muslim ibn Hajjaj
[11] ‘Aridah al ahwaziy
[12] Al Mudawwanah al kubra
[13] Al Mustakhrajah
[14] Al Bayan wa at Tahsil
[15] Al mi’yar al mu’rib
[16] Ce pacte stipulait que les musulmans pouvaient rester en Espagne et garder leur liberté religieuse et même leurs institutions. Il stipulait en outre que les juifs ne devaient pas être inquiétés et avaient les mêmes droits que les musulmans. C’était sans compter avec l’intolérance et le fanatisme des chrétiens espagnols. Les juifs furent contraints, l’année même du pacte, de quitter l’Espagne sans leurs biens, ou de se convertir, ou de mourir sous les coups de l’inquisition. Ceux qui décidèrent de partir furent secourus par les Ottomans qui mirent des navires à leur disposition pour les ramener en terre d’Islam. Quant aux musulmans qui avaient décidé de rester, les sauvegardes qu’ils avaient disparurent en un rien de temps. Dès 1499, sept années après le pacte entre Fernand d’Aragon et Abu ‘Abdillah Muhammad az Zughbiy, les musulmans perdirent tous leurs droits et furent contraints de se convertir au christianisme ou de mourir eux aussi. Les persécutions durèrent plus d’un siècle jusqu’à ce que les descendants des musulmans, même s’ils étaient chrétiens, furent expulsés d’Espagne en 1609
[17] Asna al matajir fi ahkam man ghalaba ‘ala watanihi al nasara wa lam yuhajir
[18] Al mi’yar al mu’rib
[19] Fath al ‘aliy al Malik. Cette question a en fait été envoyée au Chaykh ‘Illish par le chaykh, le wali, le ‘arif et le Mujahid, ‘Abdul Qadir al Jaza’iriy qui l’interrogeait sur l’obligation de quitter la partie de l’Algérie occupée par les français et les modalités du jihad contre eux. D’ailleurs, fait assez peu connu, le chaykh ‘Abdul Qadir a rédigé un ouvrage intitulé « Husam al din li qat’ shabah al murtadin ». Dans ce livre, il établit l’obligation de la hijrah des terres dirigées par les mécréants et réfute ceux qui à son époque, sans grande connaissance, prétendaient à la permission de vivre sous le joug des français colonisateurs. Une littérature pareille se trouve dans tous les pays malikites, comme par exemple en Mauritanie où le chaykh Ma’ul ‘aynayn a rédigé nombre d’ouvrages sur le sujet.
[20] Al mi’yar al jadid
[21] Al Mi’yar al jadid
[22] ‘Aridah al ahwaziy
[23] Rimah hizb ar Rahim

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