بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Nourrir ou rattraper pour la femme enceinte ?

As salamu ‘alaykum,

J’ai raté quatre jeûnes du mois de Ramadan, du fait de grossesses et de périodes d’allaitement de mes deux filles. Mais à chaque grossesse et allaitement, je donnais le mudd durant le mois de Ramadan.

Ma question est : dois-je jeûner les jours non jeûnés durant ces périodes ? Ou du fait que j’ai donné le mudd, pourrai-je ne pas jeûner ?

Réponse

Wa ‘alaykumus salam,

Ce qui apparaît dans les avis des quatre écoles est l’obligation de rattraper tout jour raté par le jeûne. La nourriture des pauvres ne fait jamais tomber cette obligation.

Allah a dit en effet : « Celui qui était malade ou en voyage devra jeûner un nombre équivalent de jour. » [1]

Le malade comprend toute personne qui craint pour sa santé, y compris la femme enceinte et celle qui allaite.

Ce verset a abrogé la règle énoncée dans le verset précédent, à savoir celui où Allah a dit : « A ceux qui cela est possible, une compensation sera de nourrir des pauvres. » [2]

Dans le Sahih de l’imam al Bukhariy, il est rapporté : « Ibn Abi Layla a dit : j’ai entendu des compagnons de Muhammad ﷺ que le Ramadan a été descendu et posa difficulté aux gens. Celui qui nourrissait un pauvre par jour pouvait abandonner le jeûne parmi ceux qui en étaient capables. Il s’agissait d’une dérogation pour eux. Puis, cela a été abrogé par le verset « que vous jeûniez est mieux pour vous » et il leur fut ordonné de jeûner. » [3]

Dans le même ouvrage, l’imam al Bukhariy a dit en commentaire du verset cité : « Al Hassan (al Basriy) et Ibrahim (al Nakha’iy) ont dit : la femme enceinte et la femme allaitante devront rompre si elles craignent et devront rattraper après » [4]

Or, la lecture de ce verset et sa compréhension erronée sans se référer aux savants a produit la croyance que l’on pouvait se décharger de l’obligation du jeûne par la nourriture des pauvres. Cette obligation donc ne saurait être annulée par de la nourriture.

Dans al Mudawwanah, Ibn al Qasim a dit : « J’ai dit (à Malik) : que penses-tu de la femme enceinte et de celle qui allaite qui craint pour son enfant et rompt son jeûne ? » Il dit : « La femme qui allaite rompt et devra donner de la nourriture. Elle devra rattraper si elle craint pour son enfant » [5]

Au même chapitre, notre Imam Malik a dit : « La femme enceinte n’a pas à verser de la nourriture. Mais quand elle recouvre la santé et est capable de jeûner, elle devra rattraper les jours où elle a rompu » [6]

La position de notre école est que la femme enceinte qui rompt par crainte pour elle-même ou pour son enfant rattrapera seulement. Quant à celle qui allaitait, elle devra, en plus de rattraper les jours ratés, verser de la nourriture pour chaque jour manqué si elle a rompu par peur pour son enfant.

L’obligation de rattraper les jours ratés pour la femme enceinte et celle qui allaite est l’avis adopté par les quatre écoles de fiqh et certains ont conclu à un consensus (ijma’) sur celle question. En effet, si on exclut l’époque des sahaba, nous ne connaissons pas de savants ayant permis à la femme de verser de la nourriture en lieu et place du rattrapage de ses jours [7].

Dans al Mughniy, Ibn Qudamah al Maqdisiy a dit : « La femme enceinte et celle qui allaite ont la latitude, si elles craignent pour elles, de rompre leur jeûne. Elles devront rattraper cependant et nous ne connaissons pas de divergence à ce propos parmi les savants car elles sont comparables au malade qui craint pour lui » [8].

Pour répondre à votre cas précis, il vous sera obligatoire de rattraper les jours ratés au cours de ces grossesses et périodes d’allaitement. Vous n’aurez pas de mudd à donner pour les jours ratés à cause de l’allaitement puisque vous l’avez déjà effectué.

Et Allah demeure le plus savant.

وصلّى الله وسلّم على سيّدنا محمد وعلى آله


[1] Sourate Al Baqarah, verset 185
وَمَن كَانَ مَرِيضاً أَوْ عَلَى سَفَرٍ فَعِدَّةٌ مِّنْ أَيَّامٍ أُخَرَ
[2] Sourate al Baqarah, verset 184
وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدْيَةٌ طَعَامُ مِسْكِينٍ
[3] Sahih al Bukhariy, chapitre du jeûne, section de « ceux qui peuvent donner la fidya »
[4] Sahih al Bukhariy, kitab al tafsir, Tome 4, page 1638
[5] Al Mudawwanah al kubr, volume 1, page 279
[6] Idem
[7] Un tel avis est effectivement rapporté de façon authentique de Ibn ‘Abbas. Il considérait que la femme enceinte ou celle qui allaite ne devait pas rattraper les jours ratés mais juste donner de la nourriture en compensation.
[8] Al Mughniy de Ibn Qudamah al Maqdissiy, Volume 3, page 38