بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Traduire les Attributs anthropomorphiques

As salamu ‘alaykum,

Pourquoi vous les ash’aris :

  • vous n’acceptez pas de traduire les termes Yad ou Wajh alors que vous le faîtes pour les attributs de Sam’ (Audition) ou Vision (Basar)
  • Vous n’attribuez pas à Allah le Yad et le Wajh alors que vous lui attribuez la Vie. Si vous dîtes que la Vie est un attribut ne ressemblant pas à ceux des humains, pourquoi vous ne faîtes-vous pas pareil pour le Yad ?

Réponse

Wa ‘alaykumus salam,

Votre question renseigne sur une chose : vous n’adhérez pas au madhhab des ash’aris, non pas par réfutation de leurs positions, mais par ignorance et désinformation de ce qu’ils professent. Nous allons vous démontrer cela en résumant la réponse car nous comptons traiter cette question avec plus de détails pour montrer l’approche des ash’aris par rapport aux attributs dits anthropomorphiques.

Votre première question est de savoir pourquoi dans notre école il est interdit de traduire les termes Wajh et Yad alors que nous le faisons pour d’autres attributs comme l’Audition et la Vision.

Nous vous disons simplement : parce que ceci est la position des Salaf et cela suffit comme argument pour le doué d’intelligence. En effet, notre maître et guide, vers Allah, l’imam Nu’man Ibn Thabit a dit dans al fiqh al akbar : « Tout ce que les savants ont évoqué en langue perse comme attributs d’Allah, que son Nom soit exalté, il est permis de le prononcer à l’exception de Yad en langue perse. » [1]

Le chaykh ‘Ali Ibn Sultan al Qariy indique la raison de la spécification du terme Yad, disant : « Je suis en effet arrivé à la conclusion que les salafs sont unanimes à ne pas interpréter le terme Yad. L’imam al Ash’ariy les a suivis en cela. »

Le fait qu’il soit interdit strictement de traduire Yad vient du fait que les Salaf se sont toujours refusés à l’interpréter et à lui chercher un sens possible. Le traduire dans une autre langue reviendrait à lui donner un sens qu’aucun parmi les meilleurs de la ummah ne lui a donné. En effet, si on traduit par « main » dans la langue française, on attribue à Allah un organe incontestablement. Or, celui qui attribue à Allah un organe comme celui des créatures est un apostat adorateur d’idole sans conteste. Ainsi, al Qariy a dit :

« Quant au verset : « Le Yad d’Allah est au-dessus de leurs mains ». Celui dit qu’il s’agit d’une main au sens véritable mais dont on ne connaît pas le comment, on lui rétorque que cela n’a jamais été la parole des salafs. En effet, le terme main désigne un organe sans conteste. Or, attribuer cela à Allah est impossible du fait de l’assimilation et de l’anthropomorphisme qui en naissent. »

Quant au terme Wajh et ce qui y ressemble, le plus sûr et authentique est de s’abstenir de le traduire. Mais il n’y a pas d’interdiction de le traduire si on prend en compte l’interdiction de l’assimilation et de l’anthropomorphisme et que l’on adopte une des paroles rapportées par les Salaf. En effet, dans son Sahih, l’imam al Bukhariy a donné un sens possible au terme Wajh : « Tout est périssable si ce n’est son Wajh » c’est-à-dire, si ce n’est sa Royauté » [2]

Celui qui adopte une telle traduction, reproche ne lui sera pas fait.

Quant à votre question portant sur le fait de voir l’Audition comme attribut à la différence de Yad et Wajh, nous vous disons que votre connaissance de ceux que vous réfutez est limitée.

En effet, le madhhab de l’imam al Ash’ariy, en entier, n’a jamais cessé d’affirmer que Yad et Wajh sont des attributs d’Allah ! Cela ne fait absolument l’objet d’aucune divergence parmi les savants de ce madhhab qui ont établi ses fondements. Dans tabyin al kadhib al muftariy, rapportant les positions adoptées par l’imam al Ash’ariy, le hafiz Ibn ‘Asakir a dit : « Les Mu’tazilah ont dit : « Allah a un Yad qui est dans le sens de son bienfait et de Sa Puissance. Il a un Wajh qui est dans le sens de son Etre ». Les hashwiyah ont dit de leur côté : « Il a un Yad qui est un organe et un Wajh qui est une image » Quant à lui (l’imam Abul Hassan ‘Ali al Ash’ariy), il a pris le chemin entre les extrêmes et a dit : « son Yad est un attribut. Son Wajh est de même un attribut comme l’est l’Audition et la Vision » [3]

Or, vous voyez bien que vous réfutez une école dont vous ne connaissez que peu de chose. Les savants ash’aris sont unanimes sur le fait d’affirmer ces attributs de Yad et de Wajh. Ils sont de même unanimes à lui nier toute qualification d’organe ou toute relation avec une corporalité. Le Qadiy Ibn Rushd a dit : « Quant à ce dont Il s’est lui-même qualifié dans son livre, informant qu’il avait un Wajh, deux Yad, deux ‘Ayn, il n’y a pas de place à la raison sur cela. Cette information nous est parvenue par transmission et il est obligatoire d’y porter foi et d’y croire sans existence de modalité ou de limitation. En effet, Allah n’a point de corps, d’organe et encore moins d’image. » [4]

Cependant, ils ont divergé pour savoir si ces attributs étaient liés à son Essence ou à Ses actions. C’est ainsi que le Qadiy Abu Bakr considère qu’ils sont bien des Attributs de son Essence. Cette position est celle pour laquelle nous optons car elle semble être la position de l’imam al Ash’ariy. En effet, dans al maqalat al Islamiyyah, il a réfuté la parole des Mu’tazilah qui avaient donné une interprétation limitée aux attributs Yad et Wajh prétendant qu’ils se référaient respectivement à Son Bienfait ou à Sa Puissance. Dans Tamhid al awa’il, le Qadiy Abu Bakr dit : « Les attributs d’Essence sont ceux dont Allah n’a été cessé d’être qualifiés par eux. Il s’agit de la Vie, de la Science, la Puissance, l’Audition, la Vision, la Parole, la Volonté, l’Eternité, le Wajh, les deux ‘Ayn, les deux Yad, la colère, la satisfaction. Ces deux derniers sont sa Volonté comme nous l’avons explicité » [5]

D’autres parmi les savants postérieurs ont opté pour considérer le Wajh et le Yad comme des attributs d’action dont il était possible, dans le contexte des versets ou des hadiths, de chercher une signification possible. Cela ne nous agrée pas car, comme nous l’avons montré plus haut, les salaf n’ont pas donné de sens possible à Yad. Celui qui fait pareil pour le Wajh en restant dans les paroles attribuées aux Salaf, comme l’exemple de l’imam al Bukhariy, nous considérons qu’il s’agit d’une divergence acceptable.

Quant à l’argument concernant le fait de Lui attribuer un Yad différent de celui des créatures, quelque soit la position adoptée parmi ces deux précédemment citées, votre argument est nul et non avenu.

En effet, la Vie est un attribut de sens, qui nous est venu d’un texte. Mais cet attribut est obligatoire rationnellement envers Allah dans le sens où, si n’attribuait pas à Allah la Vie, l’implication obligatoire serait de lui attribuer son contraire, à savoir la mort. De même, si on ne Lui attribuait pas l’Audition, la Parole, la Science, il serait obligatoire de le décrire par leurs contraires à savoir la surdité, la mutité ou le silence et l’ignorance. Et certes, comme notre Seigneur est Exalté au-dessus de cela ! Le Qadiy a dit dans Tamhid al Awa’il : « Si on dénue Allah de ces attributs alors qu’il est prouvé qu’il en est attribué, il serait obligatoire de le qualifier par leurs contraires à savoir la cécité, le silence, la mutité et la surdité. Or, tous ces qualificatifs sont des défauts et les musulmans sont unanimes à dire qu’ils sont les attributs des accidents. Il n’est pas permis d’attribuer cela à l’Etre Primordial. De sorte, il est obligatoire qu’Il soit Audient, Voyant et Parlant » [6]

Or, l’affirmation des ces attributs n’induit en rien d’attribuer à Allah ce qui Lui est impossible, différent du fait de Lui attribuer une main ou des yeux. Même si le sens de ces attributs ne nous est pas connu, similairement à l’attribut de Yad ou de Wajh, il est impensable et totalement impossible de pas décrire Allah par ces attributs, contrairement à Yad et à Wajh. En effet, même si on considère que Yad et Wajh sont des attributs d’Essence, ce n’est que par un texte transmis du coran et de la sunnah que cette information nous est parvenue. Rationnellement, il n’est pas obligatoire d’attribuer à Allah le Wajh et le Yad car l’absence de leur attribution n’implique pas un défaut pour Allah ou n’implique pas de lui attribuer le contraire de ces attributs.

De sorte, nous affirmons l’existence de ces attributs et l’ignorance totale de leur sens tout en niant la modalité, la corporalité et la limitation. Cependant, si nous les traduisons les attributs de sens (sifat al ma’niy), c’est parce que leur sens n’implique en rien l’attribution d’un organe à Allah et que, d’un autre côté, il n’est pas possible de ne pas décrire Allah par ces attributs.

Allah demeure le plus savant en toutes circonstances.

وصلّى الله وسلّم على سيّدنا محمد وعلى آله


[1] Al fiqh al akbar de l’imam Abu Hanifah
[2] Sahih al Bukhariy, kitab al tafsir
[3] Tabyin al kadhib al muftariy, page 150
[4] Al Muqadimat al mumahidat, page 20, édition dar al gharb al islamiy
[5] Tamhid al awa’il wa talkhis al dala’il, pages 298-299, Editions Mu’asasah al kutub al thiqafiya
[6] Tamhid al Awa’il wa talkhis al dala’il, page 46, Editions Mu’asasah al kutub al thiqafiyah