Voir les anges et les prophètes à l’état d’éveil

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بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على آله و أصحابه أجمعين

Il est devenu courant de voir des prédicateurs, ignorant ou méprisant la science islamique et l’héritage traditionnels, remettre en cause un fait acquis pour les générations passées et confirmé pendant des siècles, à savoir la vision à l’état d’éveil des anges et des prophètes. Cette nouvelle tendance en réalité ne date que de ce siècle, où le matérialisme de la doctrine salafiste a fini d’étendre ses tentacules pour faire de ces prédicateurs des hérauts d’une doctrine hétérodoxe. En effet, si l’on consulte attentivement les paroles des savants du passé, il est presque impossible de trouver l’occurrence d’une personne ayant réfuté la possibilité de voir les anges et les âmes des prophètes après leur mort physique. L’avis contraire reste au contraire anecdotique et ne peut être attribué, à notre connaissance, qu’à de rares savants s’étant isolés d’un avis unanime Il est constant au contraire qu’une telle chose est possible, au vu des preuves textuelles et de l’expérience des hommes.

La vision des anges

La vision des anges, dans une forme quelconque, est une possibilité établie par le coran. En effet, Allah a dit, concernant sayyiduna Ibrahim ﷺ : « Quand vinrent nos messagers à Ibrahim avec la bonne nouvelle, ils dirent « Paix » il répondit « Paix ». Il ne reste pas un instant sans ramener un veau gras. Quand il vit que leurs mains ne le touchaient pas, il ne les reconnut plus et éprouva de la crainte à leur endroit » [1]

Il dit aussi : « Quand vinrent nos messagers à Lut et qu’il éprouva de la gêne pour eux, ils dirent « n’aie pas peur et ne sois pas triste. Nous allons te sauver ainsi que ta famille sauf ta femme qui sera parmi les gens détruits » [2]

Les messagers mentionnés dans ces deux versets font référence à des anges qui étaient venus visiter ces prophètes.

S’il est vrai qu’à ces deux occasions ces anges sont apparus à des prophètes, le coran atteste du fait que des non-prophètes puissent voir un ange sans nul doute et leur adresser la parole. Allah dit dans ce sens, concernant Maryam la fille de ‘Imran :

« Elle mit un voile entre eux et nous lui envoyâmes notre esprit qui se présenta à elle sous la forme d’un homme bien bâti. Elle dit : « je demande la protection du miséricordieux contre toi si tu es pieux ». Il dit : « Je suis un messager de ton Seigneur pour t’offrir un garçon purifié » [3]

Si l’on prétend que la prophétie de Maryam est un sujet de divergence parmi les savants de la ‘aqidah, cette possibilité de voir les anges pour un non-prophète est illustrée par deux autres événements.

Le premier est la vision de ces anges par sayyida Sarah, la femme de Ibrahim ﷺ dont Allah dit :

« Sa femme était debout, elle rit et on lui annonça Ishaq et après Ishaq, Ya’qub. Elle dit « Malheur à moi. Vais-je enfanter alors que je suis vieille et mon mari-ci est un vieillard ? C’est vraiment une chose étonnante ». Ils dirent : « T’étonnes-tu de l’ordre d’Allah ?… »[4]

Cette possibilité a même été accordée à des pervers notoires, c’est-à-dire les gens du peuple de sayyidina Lut ﷺ :

« Les gens de la ville vinrent avec joie. Il dit : « Ceux-là sont mes invités, ne me déshonorez pas. Craignez Allah et ne m’humiliez pas ». Ils dirent : « Ne t’avions-nous pas interdit de recevoir des gens ? »[5]

Il est clair de ce verset que les gens du peuple de sayyidina Lut  ﷺ, malgré leur perversité évidente, voyaient ces anges sous la forme humaine et qu’ils reprochaient à sayyiduna Lut ﷺ de les recevoir chez lui. En effet, les anges avaient manifesté la volonté d’être vus, ce qui indique que leur vision n’est pas interdite, ni par la raison, ni par la révélation.

La sunnah confirme la possibilité pour les pieux parmi les musulmans de voir les anges sous une de leurs formes. Dans le hadith rapporté par al Bukhariy et Muslim, dans le hadith dit de jibril, ‘Umar ibn al Khattab a dit :

« Alors qu’on était assis auprès du messager d’Allah ﷺ, un homme apparut ayant des habits d’une blancheur éclatante, avec des cheveux d’une noirceur extrême, qu’aucun d’entre nous ne connaissait. Il s’approcha du messager d’Allah et mit son genou contre son genou…» Jusqu’à ce qu’il dise : « Je restai quelques temps. Le messager d’Allah me dit : « ‘Umar, sais-tu qui était le questionneur ? ». Je dis « Allah et son messager sont plus savants ». Il dit : « C’était Jibril qui était venu vous enseigner votre religion ».[6]

Ce hadith, dont le degré d’authenticité est mashhur, nous relate l’apparition d’un ange, sous forme humaine, à un groupe de compagnons, donc à un groupe de musulmans non-prophètes. Cette possibilité ne peut donc être réfutée, d’autant plus qu’elle est confirmée par le hadith rapporté par Muslim dans son Sahih :

« Hanzala a dit : Nous étions auprès du messager d’Allah ﷺ, il nous fit une exhortation et rappela l’enfer. Puis, je revins à la mosquée et me mis à rire avec mes enfants et jouer avec ma femme. Je sortis et rencontrai Abu Bakr. Je lui racontai ce qui m’arrivait et il dit : « J’éprouve exactement la même chose ». Nous rencontrâmes le messager d’Allah ﷺ et je lui racontai cela. Abu Bakr : « Moi aussi, cela m’arrive ». Je dis : « O messager d’Allah, Hanzala est devenu hypocrite ». Il dit : « Hanzala, chaque chose en son temps. Si vous restiez dans l’état où vous êtes pendant le rappel, les anges vous serreraient la main et vous salueraient dans la rue ». [7]

Al Suyutiy a dit en commentant ce hadith :

« Il y a ici une preuve sur la possibilité de voir les anges, comme prodige pour les awliya »[8]

L’expérience surtout conforme cette possibilité comme un prodige qu’Allah accorde à ses serviteurs. Cela veut dire qu’il est possible que le musulman voie les anges sous une forme sans que ceux-ci aient manifesté leur volonté d’être vus par eux, et cela par leur degré de rapprochement avec Allah.

Dans le Sahih de l’imam Muslim ibn Hajjaj, Salman a dit :

« On m’a informé que Jibril était venu voir le prophète ﷺ alors que Umm Salamah était à côté de lui. Il commença à parler puis s’en leva. Le prophète ﷺ demanda à Um Salamah : « qui était-ce ? » Elle dit : « c’était Dihyah ». Elle dit ensuite : « Je jure par Allah ! j’ai vraiment cru que c’était lui jusqu’à ce que j’entende le prophète ﷺ m’indiquer de qui il s’agissait réellement »[9]

An Nawawiy a dit :

« Ce hadith indique la possibilité pour un homme de voir les anges ainsi que l’occurrence d’un tel fait. Ils les voient alors sous la forme d’hommes car ils ne peuvent supporter la vue de leur forme originelle. »[10]

Dans le Musnad de l’imam Ahmed, Abu Salamah a rapporté de sayyida ‘Aishah qu’elle a dit :

« J’ai vu le messager d’Allah ayant posé ses deux mains sur les rênes d’un cheval tout en parlant avec un homme. Je lui dis : « Je t’ai vu parler avec Dihyah al Kalbiy en posant tes mais sur les rênes de son cheval et tu lui parlais ». Il me dit : « Tu l’as vraiment vu ? » Je dis « oui ». Il me répondit alors : « Ce n’était autre que Jibril et il te passe le salam ». Je dis alors : « Que la paix soit sur lui aussi, ainsi que la miséricorde d’Allah et ses bénédictions et qu’Allah le récompense comme compagnon, et quel bon compagnon et quel bon hôte ! »[11]

L’imam Ahmed rapporte de même à propos de Harithah ibn Nu’man :

« Je suis passé un jour devant le messager d’Allah alors qu’il était assis sur un siège et que Jibril était avec lui. Je le saluai et passai. Quand je fus lui, le messager d’Allah me rejoignit et dit : « As-tu vu celui qui était avec moi ? ». Je dis : « oui ». Il dit : « il s’agissait de Jibril et il te rend le salam »[12]

La vision des anges est donc possible rationnellement. Qui plus est, son occurrence est vérifiée pour les prophètes comme pour les pieux. L’imam as Suyutiy indique à cet effet :

« La vision des anges est possible à notre époque, comme prodige qu’Allah accorde à qui Il veut de ses Awliya. L’imam al Ghazaliy l’a mentionné dans al munqidh min al dalal ainsi que son élève, Abu Bakr ibn al ‘Arabiy qui était un imam des malikites dans son livre qanun al ta’wil.[13]

La vision des prophètes avec leur mort physique

A l’image de la vision des anges, la vision des prophètes après leur mort physique n’est pas réfutée par la raison. Au contraire, elle est prouvée par le coran, la sunnah et l’expérience des musulmans depuis des siècles.

Allah a dit, s’adressant au prophète :

« Nous avons donné à musa le livre, ne doute point de sa rencontre ![14]

Cette rencontre citée dans ce verset, selon une des deux interprétations acceptées, fait référence à la rencontre physique du prophète avec sayyiduna Musa, lors de son mi’raj. Or, ce mi’raj s’est fait par le corps et l’esprit, ce qui implique que le prophète a rencontré sayyidana Musa à l’état d’éveil, après sa mort physique.

Al Samarqandiy a dit:

“Il est dit dans le rapport d’al Kalbiy : « Ne sois pas en doute de ta rencontre avec Musa la nuit de l’ascension à Jerusalem, c’est-à-dire que le prophète a rencontré Musa à cet endroit »[15]

Ibn Juzay a dit :

«C’est-à-dire, ne doute point de ta rencontre avec Musa la nuit de d’al isra’ »[16]

Cette interprétation est confirmée par les textes de la Sunnah. Dans le Sahih de l’imam Muslim, Ibn ‘Abbas a dit :

« Le messager d’Allahﷺ a dit : je suis passé, la nuit où on m’a fait voyager, près de Musaﷺ fils de ‘Imran. Il est un homme noir, grand et trapu comme un homme de la tribu de Shabou’ah. J’ai vu ‘Isa ibn Maryamﷺ. Il est de taille moyenne, au teint tirant entre le blanc et le brun, aux cheveux laissés au vent. On m’a montré aussi Malik, le gardien du feu ainsi que le dajjal ». Ceci, parmi les signes qu’Allah lui montra : « ne sois pas en doute sur sa rencontre ».

Qatadah interprétait ce verset comme indiquant que le prophète ﷺ avait rencontré Musa » [17]

 Or, le voyage nocturne du prophète s’est fait par le corps et l’esprit et non en sommeil, comme en attestent la quasi-unanimité des savants de cette communauté.

Commentant les propos d’an Nasafiy, Sa’d al Taftazaniy a dit :

« [Le mi’raj du messager d’Allah à l’état d’éveil avec son corps jusqu’au ciel puis jusqu’à la limite qu’Allah a voulu est une vérité] C’est-à-dire qu’il est établi par une information connue de sorte que celui qui le nie est un innovateur (…) Sa parole [à l’état d’éveil] est une réfutation de ceux qui prétendent que le mi’raj s’est fait à l’état de sommeil »[18]

Dans tuhfah al murid, Al Bajuriy a dit :

« La vérité est que [isra’] s’est fait en état d’éveil, par l’esprit et le corps, par consensus des gens du second siècle ainsi que les générations suivantes de la communauté musulmane »[19]

Les récits rapportant l’évènement du isra’ sont donc, à tous points, une preuve incontestable qu’il est possible de voir des prophètes à l’état d’éveil après leur mort physique. Les hadiths rapportés sur ce sujet sont notoires et seul un pervers récalcitrant pourrait les réfuter.

Dans ce qu’a rapporté al Bukhariy dans son Sahih, le prophète a dit :

« …le ciel fut ouvert, j’entrai et on y trouva Adam. Jibril dit : « voici ton père Adam, salue-le». Je le saluai et il me rendit le salut. Il dit « Bienvenue à un fils pieux et un prophète pieux ». Puis je fus élevé jusqu’au second ciel. On demanda à ce qu’il fut ouvert et on dit : « qui est-ce » ? Il répondit « Jibril ». « Et qui est avec toi ? » Il répondit « Muhammad ». On dit «Il a donc été envoyé ? ». Il dit « oui ». Il fut dit « Bienvenue à lui, quel excellent invité est venu ! ». Le ciel fut ouvert e une fois qu’on fut entré, on trouva Yahya et ‘Isa, les deux cousins. Il me dit : « voici Yahya et ‘Isa, salue les ». Je les saluai et ils me rendirent le salut disant : « Bienvenue au frère pieux et au prophète bienfaisant ».

Puis je fus élevé jusqu’au troisième ciel. On demanda à ce qu’il fut ouvert et on dit : « qui est-ce ? ». Il répondit « Jibril ». « Et qui est avec toi ? » Il répondit « Muhammad ». On dit «  Il a donc été envoyé ? ». Il dit « oui ». Il fut dit « Bienvenue à lui, quel excellent invité est venu ! ». Le ciel fut ouvert e une fois qu’on fut entré, on trouva Yusuf. Il me dit : « voici Yusuf , salue-le ». Je le saluai et il me rendit le salut disant : « Bienvenue au frère pieux et au prophète bienfaisant »… »

Jusuq’à la fin du hadith où, au quatrième, cinquième, sixième et septième ciel, il rencontra des prophètes morts, à savoir Idris, Harun, Musa et Ibrahim. Ce hadith, ainsi que les nombreux rapportés sur ce sujet, indiquant clairement la possibilité pour un vivant de voir les prophètes morts.

Si on dit : cette possibilité n’a été donnée qu’au prophète.

On répond : une telle assertion doit être prouvée. Aucun texte n’est venu limiter cette possibilité aux prophètes et aucune preuve rationnelle ne s’oppose à cette occurrence.

Bien au contraire, tout ce qui est possible pour un prophète l’est autant pour les musulmans pieux, en l’absence de spécification venant de la révélation.

Le Shaykh ‘illish al Malikiy a commenté les propos de l’auteur de ida’ah al dujunah :

« Laa majorité des gens de la sunnah considère que tout ce qui est possible comme miracle pour un prophète est possible comme prodige. Ibn al Subkiy a spécifié la généralité de cette possibilité en s’appuyant sur la position de al Qushayriy dans Man’ al mawani’ »[20]

En effet, Taj as Subkiy ainsi que al Qushayriy réduisent cette possibilité, indiquant que le prodige ne peut atteindre un certain degré, comme par exemple qu’un enfant naisse sans père.

Dans Jam’ al jawami’i, ‘Abdul Wahhab al Subkiy a dit :

« Les prodiges des saints sont vérité. Al Qushayriy a dit : « ces prodiges n’ont pas de limites sauf par exemple qu’un enfant naisse sans père »[21]

Or, même en prenant la position faible défendue par l’imam al Qushayriy, celle-ci ne s’oppose point à ce qu’un homme pieux puisse voir un prophète mort à l’image du messager d’Allah. En effet, cette position excepte uniquement les faits pour lesquels les prophètes ont défié les gens de leur époque ou ceux des époques à venir, comme le fait de ramener un livre pareil au coran. Amir al mu’minin ibn Hajar al ‘Asqalaniy a dit, prenant fait pour l’avis d’al Qushayriy :

« L’avis le plus connu parmi les gens de la sunnah est l’affirmation des prodiges dans l’absolu. Mais certains parmi les savants vérificateurs comme Abul Qasim al Qushayriy ont excepté à cette généralité les faits pour lesquels certains prophètes ont lancé un défi. Il a dit : « Ils ne peuvent pas arriver à la limite de faire enfanter sans père par exemple ». Cette position est la plus juste. Quant à l’exaucement d’une invocation dans l’instant, la multiplication de la nourriture et de l’eau, le dévoilement de ce caché des yeux, l’information d’événements futurs et ce qui y ressemble, cela est très répandu de sorte que leur occurrence par ceux à qui on attribue la sainteté est devenue habituelle. »[22]

S’il est donc établi que le prophète a vu des prophètes morts à l’état d’éveil, seule une preuve textuelle serait à même d’infirmer cette possibilité ainsi que son occurrence pour des hommes pieux. Il est cependant clair qu’un tel texte n’existe pas. De plus, cette vision n’ayant pas le caractère d’un défi lancé aux dénégateurs, même en adoptant l’avis d’al Qushayriy, elle ne peut avoir le caractère d’un don spécifique aux prophètes.

C’est ainsi que la sunnah indique la possibilité, de voir les âmes des prophètes à l’état d’éveil.

Dans le sahih de l’imam al Bukhariy, Abu Hurayrah a rapporté du prophète :

« Quiconque me voit en rêve me verra à l’état d’éveil. Le shaytan ne peut prendre mon apparence »[23]

Dans un autre hadith :

« Qui m’a vu a vu vrai, le shaytn ne prend jamais ma forme »

Ibn Batal al Malikiy a dit :

« [il me verra à l’état d’éveil] par cela, il veut confirmer la vision à l’état d’éveil ainsi que son authenticité et son occurrence réelle. Ce qui visé n’est pas qu’il le verra dans l’au- delà car toute sa communauté le verra à l’état d’éveil dans l’au-delà, aussi bien ceux qui l’ont vu en rêve que ceux qui ne l’ont pas vu »[24]

Par cette parole, l’imam ibn Batal, un des premiers commentateurs du Sahih de l’imam al Bukhariy, prouve que la possibilité et l’occurrence de la vision des prophètes à l’état d’éveil après leur mort n’est pas une affabulation créée dernièrement. Au contraire, cet imam mort en 449 de la hijrah montre que cette réalité est connue depuis des siècles par les savants musulmans. Ils n’ont pas cessé, au fil des siècles, d’en déclarer la possibilité. Seuls quelques gens privés cette faveur ont pu, enchaînés par leur aveuglement, leur ignorance et leur éloignement des lumières de la prophétie, prétendre à son impossibilité à des époques récentes.

En effet, l’imam al Ghazâliy, mort en 505 de la hijrah, a dit :

« les subtilités du malakut s’ouvrent à l’état d’éveil pour celui qui montre de la sincérité dans son combat intérieur et son éducation spirituelle et se débarrasse de l’emprise des passions, de la colère, des mauvais comportements et des actions vénielles. Si la personne s’asseoit dans un endroit vide et s’affranchit des voies d’accès aux sens, son œil ainsi que son audition intérieurs s’ouvrent. Son cœur devient dès lors relié au monde du Malakut. Il dira en permanence « Allah, Allah, Allah » par son cœur au lieu de sa langue. Et cela, jusqu’à ce qu’il ne se rende plus compte de lui-même ou du monde. Il sera de telle sorte qu’il ne verra rien d’autre qu’Allah, exalté soit-Il. Ces subtilités s’ouvrent et il voit à l’état d’éveil ce qu’il pourrait voir en sommeil. Il lui apparaît alors les âmes des anges et des prophètes ainsi que des images belles, adorables, majestueuses. »

Dans bahjah al nufus, l’imam ibn Abi Jamrah al Malikiy a dit, au commentaire du hadith cité :

« Le sens apparent du hadith montre indique deux règles. La première est que quiconque le voit en rêve le verra à l’état d’éveil. La seconde est l’information que le shaytan ne peut prendre son apparence. Il y a plusieurs questions. L’une d’elles est de savoir si ces informations sont valables dans l’absolu, aussi bien dans sa vie qu’après sa mort ou uniquement pendant sa vie terrestre…. Nous disons : l’énonciation est générale. Quiconque veut la limiter sans en ramener la preuve le fait arbitrairement. Certaines ont refusé de croire en cette généralité et ont dit, selon leur raisonnement limité, comment un vivant peut-il voir un mort ?

Il faut mettre en garde contre un tel raisonnement car il comporte deux éléments dangereux. Le premier est de refuser la parole générale de celui qui ne s’exprime point par passion. Le second est l’ignorance de la Puissance d’Allah et le fait de lui attribuer l’impotence. On dirait qu’une telle personne n’a pas entendu l’histoire de la vache dans la sourate du même nom « Nous dîmes, frappez-le par une de ses parties. C’est ainsi qu’Allah fait revivre les morts » (…) il est en effet capable de faire de la vision en rêve une cause pour le voir à l’état d’éveil. Il a été rapporté de certains compagnons, et je pense qu’il s’agit de Ibn ‘Abbas, qu’il vit le prophète dans son rêve. Il se mit à penser à ce hadith. Une des épouses du prophète entra près de lui, et je pense qu’il s’agit de Maymunah. Il lui raconta sa vision. Elle se leva et lui rapporta un habit et un miroir et lui dit « voici un habit et voici un miroir ». Il dit alors : « j’ai regardé dans le miroir et je vis l’image du prophète à la place de ma propre image. » Il est rapporté des salaf et des khalaf, à une quantité innombrable, qu’ils avaient vu le prophète en sommeil. Comme ils prenaient ce hadith dans son sens apparent, ils le virent après cela à l’état d’éveil. Ils lui posaient des questions sur des choses dont ils avaient l’appréhension et il leur répondait en les rassurant. Ou bien, il leur indiquait la solution dans laquelle se trouvait la bonne issue et les choses se passaient comme décrit.

Celui qui nie cette possibilité ne peut pas échapper à une de deux qualifications : soit il nie les prodiges des awliya, soit il les affirme. S’il est de ceux qui nient les prodiges des awliya’, il n’y a pas à aller plus loin avec lui. En effet, il nie ce qui est établi par la sunnah avec des preuves claires. Nous avons évoqué cela au début de ce livre et nous avons évoqué ce qui est sur cela suffisant. S’il affirme les prodiges des saints, qu’il sache que cette vision à l’état d’éveil reste du même ordre. Il est dévoilé aux awliya’ beaucoup de choses, par la rupture de l’ordre des choses, qui relèvent des mondes supérieurs et inférieurs. On ne peut nier cette vision alors qu’on affirme de l’autre côté les autres prodiges. »[25]

Son élève al ‘Abdariy indique une chose pareille dans al madkhal :

« Certains parmi eux (les soufis) prétendent à la vision du prophète à l’état d’éveil. C’est une faveur rare et il y a peu de gens à qui cela est arrivé. Ceux-là avaient des qualités qu’il est difficile de trouver à notre époque. Je dirais même que cela est devenu presque inexistant sachant que je ne réfute pas que cela arrive aux grands dont Allah a préservé les membres et les cœurs »[26]

L’imam Abu ‘Abdillah al Qurtubiy, le mufassir, a dit dans tadhkirah ahwal al mawta :

« La mort des prophètes n’est qu’un retour vers un endroit d’où nous ne pouvons pas les atteindre, même s’ils y sont vivants, à l’image des anges. Ils sont donc présents et vivants. Nul ne les voit parmi nous sauf ceux à qui Allah a accordé un prodige en ce sens parmi ses awliya »[27]

Le Hafiz ibn Hajar al ‘Asqalaniy a abondé dans ce sens dans son commentaire du sahih d’al Bukhariy. Donnant la définition du sahabiy, il dit en effet :

« Celui qui l’a vu (le prophète ) après sa mort mais avant son inhumation, l’avis correct est qu’il n’est pas sahabiy. Sinon, on compterait comme sahabah ceux qui ont vu son noble corps dans sa tombe sanctifiée, même à notre époque. De même, celui à qui il apparaît parmi les awliya’ et qu’il le voit à titre de prodige n’est pas compté comme sahabiy… Ce qui est visé par cette vision, sur les points qu’on a évoqués plus haut et sur lesquels il y a unanimité, concerne la vision à l’état d’éveil »[28]

Le hafiz, par cette parole, répond au problème qu’il pose lui-même sur la question de la vision à l’état d’éveil. En effet, après avoir rapporté la position de ibn Abi Jamrah sur la possibilité de voir le prophète après sa mort, il indique :

« Cette position est assez problématique. Pris dans son sens apparent, cela impliquerait que ceux qui l’ont vu soient des sahaba et que la possibilité d’être un sahabi s’étende jusqu’au jour du jugement »[29]

Al hafiz répond lui-même à cette problématique, montrant ainsi que cette vision est possible et peut se faire par dévoilement.

Dans tanwir al halak, l’imam al Suyutiy a dit:

« Tout un groupe des imams de la shari’ah a énoncé que fait partie des prodiges des saints le fait de voir le prophète et de le rencontrer à l’état d’éveil et de prendre de lui des sciences et des dons. Parmi ceux qui ont écrit cela, des savants shafi’is mais aussi des imams parmi les malikites comme al Qurtubiy, Ibn Abi Jamrah et Ibn al Hajj dans al madkhal »[30]

En outre, l’imam al Suyutiy a rédigé un ouvrage complet sur la question, évoquant les preuves textuelles et expérimentales montrant l’occurrence d’une telle vision. Il a nommé ce livre « tanwir al halak fi imkan ru’yah al ambiya wal malak »

Dans son commentaire sur son poème jawharah at tawhid, l’imam al Laqqaniy a dit :

« Ibn Abi jamrah, al Maziriy ainsi qu’al Yafi’iy et bien d’autres ont dit que beaucoup de pieux avaient vu le prophète à l’état d’éveil »[31]

L’auteur a ensuite longuement développé ce fait et réfuté les arguments des dénégateurs.

Ibn Hajar al makkiy a été interrogé quant à lui :

« Est-il possible de rencontrer le prophète à l’état d’éveil ? »

Il répondit :

« Certes, oui. Cela est possible. Al Ghazâliy, Taj al Subkiy, al ‘Afif al Yafi’iy parmi les shafi’ites, al Qurtubiy, Ibn Abi Jamrah parmi les malikites ont été clairs pour dire qu’il s’agit d’un des prodiges des awliya’. »[32]

Abul fayd al Munawiy a dit de son côté :

« Les connaissants le voient dans le monde réel, à l’état d’éveil de sorte que le shaykh Abul ‘Abbas al Mursiy a dit : « Si le messager d’Allah m’était voilé le temps d’un clin d’œil, je ne me compterais plus parmi les fuqara ». Et dans une autre version : « je ne me compterais plus parmi les musulmans ». Un parmi les awliya reprenait toutes les prières qu’il avait faites et dans lesquelles il ne l’avait pas vu directement, même par inadvertance. Il disait : « Celui qui ne le voit pas dans sa prière et ne lui serre pas la main dedans, est un homme défaillant car il dispense ses flux à l’ensemble de ceux qui agissent selon sa shari’ah pour atteindre les degrés de la perfection ». Cette station, même si elle est difficile pour le commun des gens et que peu y prétendent, Allah la rend facile pour ceux qui  sont destinés àl’atteindre de sorte qu’elle devient parmi les choses les plus simples»[33]

Le hafiz ‘Ali Ibn Sultan al Qariy a dit :

« Nous avons expliqué que sa vision à l’état d’éveil n’implique pas qu’il sorte de sa tombe car il s’agit d’un prodige des awliya’. Comme déjà dit, Allah leur enlève les voiles. Ni la raison, ni la législation et encore moins l’empirisme n’interdisent qu’un waliy étant au plus loin de l’orient ou de l’occident soit honoré par Allah et qu’il ne mette entre lui et son essence noble aucun obstacle ni voile alors qu’il est dans sa tombe »[34]

Dans al fawakih al dawaniy, al Nafrawiy a dit à la fin de l’ouvrage :

« Il est possible de voir le prophète à l’état d’éveil et en sommeil par unanimité des hufaz. Ils ont juste divergé pour savoir si ce qui est vu à ce moment est son essence pure ou une projection de sa personne. La première position est cela d’un groupe alors que l’autre est défendue par al Ghazaliy, al Qarafiy, al Yafi’iy et d’autres. Les premiers ont indiqué qu’il était la lampe de la guidée et la lumière de la direction, le soleil des connaissances. A ce titre, il est vu comme peut être vu une lampe, une lumière ou le soleil, de loin. »

Dans ses fatawa, le mujtahid du madhhab de Malik, le shaykh ‘Illish al kabir a dit :

« J’ai entendu sidi ‘Ali al Khawwas dire : « Il n’est pas correct qu’une parole dite par les imams mujathid sorte de la Shari’ah selon les gens du dévoilement. Comment donc cela serait possible qu’ils sortent de la shari’ah alors qu’ils tirent leurs paroles du coran et de la sunnah, des paroles des sahabah et que du fait qu’un d’entre eux puisse rencontre l’âme du messager d’Allah ? Et qu’il puisse l’interroger sur toute chose sur lesquelles les savants ne se sont pas prononcés, faute de preuve en lui disant : « Ceci est-elle ta parole O messager d’Allah ﷺ ? ». Cette chose se fait à l’état d’éveil. De même, ils l’interrogent sur toute chose concernant le coran et la sunnah avant de l’inscrire dans leurs livres en disant : « O messager d’Allah ﷺ, nous avons compris ceci de tel verset, nous avons compris ceci de tel de tes paroles, acceptes-tu tel hadith ou non ? ». Je dis  (Shaykh ‘Illish):  Ils n’agissent donc que selon l’implication de sa parole ainsi que sa propre indication ﷺ. Celui qui s’étonne sur ce qu’on a évoqué sur le dévoilement des imams et de leur rencontre avec le messager d’Allah ﷺ en tant qu’âme, nous lui disons : « tout ceci fait partie des prodiges des awliya’ »[35]

Il a parlé ainsi, attestant de la possibilité pour les pieux de voir le prophète à l’état d’éveil, de l’interroger et a compté cela parmi les prodiges possibles accordés aux awliya.

Al Alusiy a dit dans ruh al ma’niy :

« Il est possible que cette rencontre (de sayyidina ‘Isa après son retour sur terre) avec le prophète soit avec leurs âmes. Il n’y a rien d’extraordinaire dans cela alors qu’il est arrivé que de nombreuses personnes accomplies de cette communauté l’aient vu à l’état d’éveil après sa mort et qu’ils aient appris de lui »[36]

Si on dit : comment est-il possible de voir les prophètes alors qu’ils sont enterrés dans leur tombe ?

En premier, la vision à l’état d’éveil ne se fait pas par le corps de celui qui est vu mais uniquement par son esprit. C’est effectivement l’avis de la majorité des savants qui se sont exprimés sur cette question. A partir de là, il n’a pas lien avec le fait que leurs nobles corps soient enterrés dans un lieu précis alors que c’est leurs âmes qui se déplacent.

En effet, la vie des prophètes dans le barzakh et leur possibilité de se déplacer et d’être vus en plusieurs endroits est affirmée par la sunnah. la mort physique libère les âmes des pieux et des prophètes qui ne sont plus astreints à la prison du corps.

Dans al Ruh, Ibn al Qayyim a dit :

« L’âme libre de la prison du corps, de ses liens, de ses contraintes par rapport aux interactions, à la force, à la finesse, à l’ardeur, à la vitesse ainsi qu’au rapprochement d’Allah et au fait de se lier à lui, cette âme libre possède des qualités que n’a pas l’âme édulcorée et emprisonnée dans les liens du corps et ses contraintes. Que dire donc quand l’âme n’est plus prisonnière du corps, qu’elle s’en sépare et qu’elle revient à la source première. Je veux dire par source première qu’elle soit une âme élevée, purifiée, grande et ayant une haute aspiration. Elle prend une dimension toute autre après sa séparation avec le corps et agit tout autrement. Il est rapporté par tawatur les visions qu’ont eu de nombreux humains sur des âmes qui, après leur mort, agissaient d’une façon impossible à réaliser quand elles étaient liées au corps. Il est arrivé que ces âmes vainquent des armées nombreuses à une ou deux ou en nombre très petit »[37]

Or, les âmes des prophètes sont vivantes dans leurs tombes où elles prient. Dans le hadith rapporté par Ibn Mas’ud, le prophète a dit :

« Ma vie est une bonne chose pour vous, des annonces vous sont faites et vous sont rapportées. Ma mort est bonne pour vous, vos actions me sont présentées. Si je vois du bien, je loue Allah. Si je vois du mal, je demande pardon à Allah pour vous. »[38]

Cette vie dans le barzakh n’empêche en rien qu’ils puissent se déplacer d’un endroit à l’autre. Le prouve le hadith qu’a rapporté Muslim dans son sahih :

Le prophète a dit « J’ai vu Musa ﷺ la nuit de isra’ près d’un monticule rouge. Il était debout et priait dans sa tombe ».[39]

Or, dans cette même nuit, le prophète indique qu’il a rencontré Musa au sixième ciel. Il indique aussi qu’il pria devant lui à al Quds. De cela, il est clair que les âmes des prophètes ne sont pas limités par les distances mais peuvent les parcourir alors que leurs corps reposent dans leur tombe.

Ahmed ibn ‘Abdil Halim al Harraniy a dit:

“ il est connu que de nombreux corps ne sont pas mangés par la terre, comme les corps des prophètes et des véridiques ou des martyrs de Uhud ou d’autres batailles. Les récits sur cela ont atteint le tawatur. Mais ce qui est visé dans ce qu’a dit le prophète concernant l’assise du mort dans sa tombe doit être interprété comme le fait que ce sont leurs âmes qui sont assis, alors qu’en apparence, leurs corps restent couchés. Ce qui conforte cela est l’information du prophète qu’il a vu, la nuit du mi’raj, certains prophètes dans les cieux. Il a vu Adam , ‘isa , Yahya , Yusuf , Idris , Harun , Musa et Ibrahim . Il a informé de même qu’il avait vu Musa debout, priant dans sa tombe alors qu’il l’avait vu dans les cieux. Il est connu que les corps des prophètes sont dans leurs tombes, sauf ‘Isa et Idris . Si Musa a été vu en train de prier dans sa tombe et qu’il fut vu au sixième ciel, peu de temps après, cela indique que ce fait ne s’applique pas à un corps. »[40]

Si l’on rétorque : comment peut-on être sûr que la personne vue est bien le prophète et non jinn ayant pris son apparence ?

On répond : c’est la révélation qui nous informe qu’un tel cas de figure est impossible. En effet, dans le hadith déjà cité, le prophète a dit :

« Celui qui m’a vu a vu vrai. Le shaytan ne peut prendre mon apparence ».

Il s’agit d’une indication claire que le shaytan, en tous cas et quel que soit le mode de vision, ne peut se présenter sous l’apparence du prophète . Il ne peut non plus se présenter sous l’apparence d’un autre prophète.

Dans Mirqat al mafatih, Mula al qariy a dit :

« [Le shaytan ne peut prendre mon apparence] dans le commentaire de An Nawawiy sur Muslim, le Qadiy ‘Iyad a dit :« Allah a privilégié le prophète de sorte que sa vision par une personne est toujours vraie. Il a interdit au shaytan de se présenter selon son apparence de sorte qu’il ne mente pas par sa langue en rêve ». De même qu’Allah a pourvu les prophètes de miracles, il a rendu impossible au shaytan de prendre leur forme, même à l’état d’éveil. Si cela arrivait, le vrai serait mélangé au faux.»[41]

Cette réponse pose cependant un autre problème. Le hadith implique-t-il que le shaytan ne puisse prendre que son apparence réelle ? ou bien, qu’il est impossible qu’il usurpe son identité dans l’absolu ? Comment donc celui qui ne l’a jamais vu pourrait-il le reconnaître ? S’il est vu avec une description autre que celle connue, est-ce que cette vision rejoint le hadith cité ?

Toutes ces questions font l’objet d’une divergence parmi les savants depuis l’époque des salaf.

Al Bukhariy a rapporté de Ibn Sirin: « si quelqu’un lui rapportait avoir vu le prophète , il lui demandait :«  Décris le moi ». S’il le décrivait selon des caractères qu’il ne connaissait pas, il disait : « tu ne l’as pas vu ».

Dans ce sens, le Qadiy ‘Iyad ibn Musa a dit : « Le hadith doit être compris comme s’appliquant à celui qui le voit selon la description qu’il avait dans sa vie et non selon une description différente de celle-ci. S’il voit quelqu’un avec une description différente, cette vision ne sera qu’une allusion et pas une réalité. »

Cette parole indique que s’il le voit sans un caractère avec lequel il est connu, comme la barbe, il ne l’aura pas vu réellement. Il aura juste vu une allusion à cette réalité.

Cependant, cet avis a été rejeté par nombre de savants qui ont considéré que la vision du prophète est réelle, quelle que soit la forme et l’apparence dans laquelle il se montre au musulman.

An Nawawiy a dit, en effet, commentant les paroles du Qadi ‘Iyad précédemment citées :

« Ce qu’il a dit est peu consistant. L’avis correct est que c’est celui qui est vu, que ce soit selon ses caractères connus ou non, comme l’a dit al Maziriy. »

Al Qushayriy a dit, ce dont le sens est :

« Sa vision selon des caractères différents n’implique que ce ne soit pas lui réellement. Si une personne voit Allah selon une description dont Il est exempt et que la personne est certaine qu’Allah ne peut être décrit ainsi, cela n’enlèverait rien au fait qu’il L’ait vu réellement. Plutôt, cette vision doit être interprétée »

Le hafiz ibn Hajar a concilié les deux positions, considérant que les premiers ne nient pas que c’est lui qui ait été vu mais que cette vision demande seulement une interprétation des experts de la science des rêves.

Dans fath al bariy :

« Ce qui me semble correct est de concilier les deux positions. C’est-à-dire, si on le voit selon ses caractères ou la plupart de ses caractères connus, il l’a certes vu en vrai, même si ses autres caractères sont divergents. Celui qui le voit selon son apparence entière, sa vision est réelle et il n’y a point besoin d’interprétation. C’est ce qui est visé par le hadith [Il m’a certes vu]. Et cela, malgré que dans cette apparence complète, il peut y avoir des caractères manquants. L’interprétation de ce hadith inclut ce cas de figure. De sorte, il est possible de dire dans l’absolu que quiconque le voit, dans n’importe quel cas de figure, l’aura vu en réalité. »

Et donc, la différence de caractères par rapport à ce qui est connu de lui doit être attribué à celui qui le voit, car l’image dans laquelle il l’aura vu renvoie à son état intérieur.

Al Laqqaniy a dit en ce sens :

« Quiconque le voit à son état réel et sa description connue, cela indique sa piété et le fait qu’il aura le dessus sur ses ennemis… celui qui le voit avec un caractère différent ou un défaut sur son corps, cela démontre des failles dans sa religion. En effet, il est le miroir de tout ce à quoi il fait face même si son essence est à sa meilleure station et à sa perfection »[42]

Il t’apparaît donc que les savants, sur des générations et des siècles, n’ont jamais remis en cause la possibilité et l’occurrence de la vision des prophètes à l’état d’éveil. Bien au contraire, nous ne connaissons que le nom d’un seul savant ayant réfuté cette vision et il s’agit du savant yéménite Hussayn al Ahdal (mort en 855). Or, la possibilité légale et rationnelle de cette vision est confirmée par son occurrence empirique. De nombreux savants et pieux, dont il est impossible de remettre en cause les propos, en attestent directement.

Dans Khilasatul athar, l’imam al Muhibbiy a dit, à la biographie du shaykh Ibrahim al Laqqaniy :

« Shihah al Bashishiy a dit : « parmi les prodiges dont les gens ont attesté de lui (c’est-à-dire al Laqqaniy), le fait que le savantissime, le shaykh al Hijaziy se tint debout un jour durant son cours. Al Laqqaniy lui dit : « Tu pars ou tu restes ? » Il répondit : « je resterai un petit moment ». Il dit après cela : «   Je jure par Allah, O Ibrahim, je suis resté à ton cours uniquement parce que j’ai vu le messager d’Allah debout écoutant ton cours »[43]

Dans al mizan al kubra, al Sha’raniy a dit de son shaykh as Suyutiy :

« J’ai vu de la main de Jalal ad din al Suyutiy un écrit qui était avec un de ses compagnons, le shaykh ‘Abd al Shadhiliy. Il l’avait envoyé à une personne qui lui demandait d’intercéder en sa faveur auprès du sultan Qaitbay. Il y était écrit : « Sache, mon frère, que j’ai rencontré le messager d’Allah , jusqu’à maintenant, soixante-quinze fois, à l’état d’éveil et avec les yeux de la tête. Si je n’avais pas peur d’être voilé de lui par le fait d’entrer auprès des gouverneurs pour obtenir des miettes, j’aurais intercédé pour toi auprès du sultan. Mais je suis un homme, serviteur des hadiths du prophète et j’ai besoin de lui pour authentifier les hadiths que les experts de cette science ont rendus faibles selon leur méthode. Je ne doute point que ce bénéfice soit plus grand que ton bénéfice, mon frère »[44]

Dans al mawwahib al laduniyyah, al Qastalaniy a dit :

« J’ai vu dans le livre minah al ilahiyah fi manaqib al sadat al wafa’iyah à propos de sidi ‘Ali Ibn Sidi Muhammad al Wafa qu’il a dit : « quand j’étais un garçon de cinq ans, j’apprenais le coran auprès d’un homme s’appelant shaykh Ya’qub. Je vins un jour et je vis un homme qui récitait devant lui la sourate ad duha. Il avait un compagnon qui inclinait sa tête. Ce compagnon riait d’étonnement. Je vis alors le prophète à l’état d’éveil et non en sommeil et il portait un habit blanc en coton. Je vis ensuite sur moi un habit blanc et il me dit : «   Lis ». Je lus alors la sourate al duha et al sharh. Il disparut ensuite. Quand j’atteignis l’âge de vingt et un ans, je commençai la prière à Qarafah pour la prière de subh et je vis le prophète devant moi. Il me fit une accolade et me dit : « quant au bienfait de ton seigneur, proclame-le ». Il me fut donné dès lors son éloquence. ».

Al Qastallaniy rajoute à cela ; « Il est clair que cette vision était aussi à l’état d’éveil »[45]

L’imam des malikites de son temps, le shaykh ‘Ali al Ajhuriy a dit dans al nur al wahhaj :

« Il nous est parvenu du shaykh Abul Hassan al Shadhiliy et de son disciple Abul ‘Abbas al Mursiy et d’autres qu’eux qu’ils disaient : « Si la vision du prophète m’était impossible un seul instant, je ne me compterais pas parmi les musulmans. »

Il a dit de même :

« Confirme cette histoire du shaykh jalal ad din al Suyutiy (à savoir qu’il voyait le prophète à l’état d’éveil), ce qui est célèbre de sidi Muhammad ibn Zayn, le poète du messager d’Allah . Il le voyait à l’état d’éveil et les yeux ouverts. Quand il fit le hajj, il lui parla de l’intérieur de sa tombe. Il ne cessa d’être à cette station jusqu’à ce qu’un homme lui demanda d’intercéder pour lui auprès du gouverneur du pays. Quand le gouverneur le fit entrer et asseoir sur le tapis, sa vision du prophète s’estompa. Il ne cessa de demander de le voir pendant longtemps jusqu’à ce qu’il le vit un jour , mais de loin. Il lui dit : « Tu veux me voir alors que tu t’asseois sur le tapis des injustes ? tu ne peux avoir accès à cela » il ne fut pas rapporté après cela qu’il le vit jusqu’à sa mort.[46]

 

وصلّى الله وسلّم على سيّدنا محمد وعلى آله


[1] Sourate Hud, versets 69, 70

[2] Sourate al ‘ankabut, v 33

[3] Sourate Maryam, v 17, 18 et 19

[4] Sourate Hud, v 71, 72 et 73.

[5] Sourate Hijr, v 67, 68, 69 et 70

[6] Rapporté par Muslim, livre de la foi, chapitre de l’islam, de la foi et de l’ihsan

عن عمر بن الخطاب رضي الله عنه قال : بينما نحن جلوس عند رسول الله صلى الله عليه وسلم ذات يوم ، إذ طلع علينا رجل شديد بياض الثياب ، شديد سواد الشعر ، لا يرى عليه أثر السفر ، ولا يعرفه منا أحد ، حتى جلس إلى النبي صلى الله عليه وسلم فأسند ركبته إلى ركبتيه ، ووضع كفيه على فخذيه ، وقال :  » يا محمد أخبرني عن الإسلام  » ، فقال له : ( الإسلام أن تشهد أن لا إله إلا الله وأن محمدا رسول الله ، وتقيم الصلاة وتؤتي الزكاة ، وتصوم رمضان ، وتحج البيت إن استطعت إليه سبيلا ) ، قال :  » صدقت  » ، فعجبنا له يسأله ويصدقه ، قال :  » أخبرني عن الإيمان  » قال : ( أن تؤمن بالله وملائكته وكتبه ورسله واليوم الآخر ، وتؤمن بالقدر خيره وشره ) ، قال :  » صدقت  » ، قال :  » فأخبرني عن الإحسان  » ، قال : ( أن تعبد الله كأنك تراه ، فإن لم تكن تراه فإنه يراك ) ، قال :  » فأخبرني عن الساعة  » ، قال : ( ما المسؤول بأعلم من السائل ) ، قال :  » فأخبرني عن أماراتها  » ، قال : ( أن تلد الأمة ربتها ، وأن ترى الحفاة العراة العالة رعاء الشاء ، يتطاولون في البنيان ) ثم انطلق فلبث مليا ، ثم قال : ( يا عمر ، أتدري من السائل ؟ ) ، قلت : « الله ورسوله أعلم  » ، قال : ( فإنه جبريل أتاكم يعلمكم دينكم

[7] Sahih Muslim, livre du repentir, chapitre de la persistance au repentir

أَبِي عُثْمَانَ النَّهْدِيِّ ، عَنْ  حَنْظَلَةَ ، قَالَ : كُنَّا عِنْدَ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، فَوَعَظَنَا ، فَذَكَّرَ النَّارَ ، قَالَ : ثُمَّ جِئْتُ إِلَى الْبَيْتِ فَضَاحَكْتُ الصِّبْيَانَ وَلَاعَبْتُ الْمَرْأَةَ ، قَالَ : فَخَرَجْتُ فَلَقِيتُ أَبَا بَكْرٍ فَذَكَرْتُ ذَلِكَ لَهُ ، فَقَالَ : وَأَنَا قَدْ فَعَلْتُ مِثْلَ مَا تَذْكُرُ ، فَلَقِينَا رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، فَقُلْتُ : يَا رَسُولَ اللَّهِ نَافَقَ حَنْظَلَةُ فَقَالَ :  مَهْ فَحَدَّثْتُهُ بِالْحَدِيثِ ، فَقَالَ أَبُو بَكْرٍ : وَأَنَا قَدْ فَعَلْتُ مِثْلَ مَا فَعَلَ ، فَقَالَ : يَا حَنْظَلَةُ سَاعَةً وَسَاعَةً ، وَلَوْ كَانَتْ تَكُونُ قُلُوبُكُمْ كَمَا تَكُونُ عِنْدَ الذِّكْرِ ، لَصَافَحَتْكُمُ الْمَلَائِكَةُ ، حَتَّى تُسَلِّمَ عَلَيْكُمْ فِي الطُّرُقِ

[8] Qut al mughtadhiy ‘ala jami’ al Tirmidhiy, volume 3, page 165, Editions Dar al kutub al ‘ilimiyyah (DKI)

[9] Sahih Muslim, livre des mérites des sahaba, chapitre sur les mérites de Umm Salamah

معتمر بن سليمان قال سمعت أبي حدثنا أبو عثمان عن سلمان قال لا تكونن إن استطعت أول من يدخل السوق ولا آخر من يخرج منها فإنها معركة الشيطان وبها ينصب رايته قال وأنبئت أن جبريل عليه السلام أتى نبي الله صلى الله عليه وسلم وعنده أم سلمة قال فجعل يتحدث ثم قام فقال نبي الله صلى الله عليه وسلم لأم سلمة من هذا أو كما قال قالت هذا دحية قال فقالت أم سلمة ايم الله ما حسبته إلا إياه حتى سمعت خطبة نبي الله صلى الله عليه وسلم يخبر خبرنا أو كما

[10] Al Minhaj bi sharh Sahih Muslim, volume 16, page 8, Editions DKI

[11] Musnad Ahmed, livre des mérites des compagnons, les mérites de ‘Aishah, n. ° 1583

حَدَّثَنَـا  أَبُو أَحْمَدَ هَارُونُ بْنُ يُوسُفَ قَالَ : حَدَّثَنَـا  مُحَمَّدُ بْنُ أَبِي عُمَرَ الْعَدَنِيُّ قَالَ : حَدَّثَنَا  سُفْيَانُ , عَنْ  مُجَالِدٍ , عَنِ  الشَّعْبِيِّ , عَنْ  أَبِي سَلَمَةَ بْنِ عَبْدِ الرَّحْمَنِ قَالَ : سَمِعْتُ  عَائِشَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا تَقُولُ : رَأَيْتُ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ وَاضِعًا يَدَهُ عَلَى مَعْرِفَةِ فَرَسٍ قَائِمًا يُكَلِّمُ دِحْيَةَ الْكَلْبِيَّ قَالَتْ : فَقُلْتُ : يَا رَسُولَ اللَّهِ رَأَيْتُكَ وَاضِعًا يَدَكَ عَلَى مَعْرِفَةِ فَرَسٍ قَائِمًا تُكَلِّمُ دِحْيَةَ الْكَلْبِيَّ قَالَ : وَقَدْ رَأَيْتِيهِ ؟ قُلْتُ : نَعَمْ قَالَ : فَذَلِكَ جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلَامُ , وَهُوَ يُقْرِئُكِ السَّلَامَ , فَقُلْتُ : وَعَلَيْهِ السَّلَامُ وَرَحْمَةُ اللَّهِ وَبَرَكَاتُهُ , جَزَاهُ اللَّهُ خَيْرًا مِنْ صَاحِبٍ وَدَخِيلٍ , فَنِعْمَ الصَّاحِبُ وَنِعْمَ الدَّخِيلُ

[12] Musnad Ahmed, livre des mérites des compagnons, les mérites de harithat ibn Nu’man, n° 1462

1462 حَدَّثَنَا عَبْدُ اللَّهِ قَالَ : حَدَّثَنِي أَبِي ، قثنا عَبْدُ الرَّزَّاقِ قَالَ : أنا مَعْمَرٌ ، عَنِ الزُّهْرِيِّ قَالَ : أَخْبَرَنِي عَبْدُ اللَّهِ بْنُ عَامِرِ بْنِ رَبِيعَةَ ، عَنْ حَارِثَةَ بْنِ النُّعْمَانِ قَالَ : مَرَرْتُ عَلَى رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ وَمَعَهُ جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلَامُ جَالِسٌ فِي الْمَقَاعِدِ ، فَسَلَّمْتُ عَلَيْهِ ، ثُمَّ أَجَزْتُ فَلَمَّا رَجَعْتُ ، وَانْصَرَفَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَ لِي : هَلْ رَأَيْتَ الَّذِي كَانَ مَعِي ؟ قُلْتُ : نَعَمْ ، قَالَ : فَإِنَّهُ جِبْرِيلُ قَدْ رَدَّ عَلَيْكَ السَّلَامَ .

[13] Al Haba’ik fi akhbar al mala’ik, page 271, Editions DKI

[14] Sourate al sajdah, verset 13

[15] Bahr al ‘ulum, volume 3, page 33, Editions DKI

[16] Tashil li ‘ulum al tanzil, volume 2, page 180, editions DKI

[17] Sahih Muslim, livre de la foi, chapitre du voyage nocturne

[18] Sharh ‘aqa’id al nasafiyah page 132, Editions ihya’ al turath al ‘arabiyah

[19] Tuhfah al murid, page 229, éditions al Quds

[20] Futuhat al ilahiyyah al wahhabiyah, sharh ida’ah al dujunah, page 327, Editions DKI

[21] Jam’ al jawami’, page 389, Editions Dar ibn Hazm

[22] Fath al bariy, sharh sahih al Bukhariy, volume 7, page 443, Editions DKI

[23] Sahih al Bukhariy, livre de la vision,

من رآني في المنام فسيراني في اليقظة ولا يتمثل الشيطان بي

[24] Fath al bariy, volume 123, page 401, Editions DKI

[25] Bahjah al nufus, sharh Mukhtasar Sahih al Bukhariy, volume  4, pages 237 et 238, Editions dar al jil

[26] Al Madkhal, volume 2, page 152, Editions DKI

[27] Al tadhkirah fi ahwal al mawta wa umur al akhirah, page 127 al qamar

[28] Fath al bariy, volume 8, page  4, editions DKI

[29] Fath al bariy, volume 13, page 329, éditions DKI

[30] Al Hawiy lil fatawiy, volume 2, page 154, éditions DKI

[31] ‘Umdah al murid, sharh jawhrah al tawhid, volume 4, page 2263

[32] Fatawa al hadithiyah, page 511, Editions DKI

[33] Fayd al qadir fi sharh jami’ al saghir, volume 4, page 358, editions DKI

[34] Jam’ al wasa’il fi sharh al shama’il, chapitre de la vision du prophète

[35] Fath al ‘Aliy al Malik, pages 92-93

[36] Ruh al ma’aniy fi tafsir qur’an al ‘azim wal sab’ al mathaniy, volume 22, page 35

[37] Al ruh, page 117, Editions DKI

[38] Rapporté par al Bazzar. Al haythamiy a dit : « ses hommes sont tous des rapporteurs dans les deux Sahih »

حياتي خير لكم تحدثون ويحدث لكم ، ووفاتي خير لكم تعرض على أعمالكم ، فما رأيت من خير حمدت الله عليه ، وما رأيت من شر استغفرت لكم

[39] Sahih Muslim, chapitre portant sur le hadith « je suis passé près de Musa… »

النبي صلى الله عليه وسلم قال: مررت – عَلَى مُوسَى لَيْلَةَ أُسْرِيَ بِي عِنْدَ الْكَثِيبِ الْأَحْمَرِ وَهُوَ قَائِمٌ يُصَلِّي فِي قَبْرِهِ

[40] Mujmu’ al fatawa ibn Taymiyya, volume 5, page 527, Editions DKI

[41] Mirqat al mafatih, sharh mishkat al masabig, volume 8, page 328, Editions DKI

[42] ‘Umdat al murid, sharh jawharah al tawhid, volume 4, page 2262, éditions DKI

[43] Khilasatul athar fi a’yan al qarn al hadiy ‘shar, volume 1, page 16, Editions DKI

[44] Mizan al kubra,volume 1,  page 55, Editions DKI

[45] Al mawwahibb al laduniyyah, volume 2, page 373, editions maktabah al tawfiqiyah

[46] Al nur al wahhaf fil kalam ‘ala al isra’ wal mi’raj, page 336 et 337, editions DKI