بسم الله الرحمن الرحيم
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وعلى آله وأصحابه أجمعين

La zakat al fitr en monnaie
chez les compagnons de Malik

Nous voyons avec récurrence une erreur que font des savants et étudiants s’affiliant à l’école de l’imam Malik à propos de la zakat al fitr. En effet, circulent des écrits prétendant que certains compagnons de l’imam Malik auraient accepté le fait de sortir la zakat al fitr en argent, au lieu de la sortir en nature. Cette assertion est en elle-même fausse car se basant sur une confusion entre des questions différentes.

En effet, les positions des élèves de l’imam Malik sur la zakat al fitr ont été résumées par le Qadiy Abul Walid Ibn Rushd. Dans al Muqadimat al Mumahidat, volume 1, pages 263, 264, 265 il dit :
« Les gens de science ont divergé sur ce sur quoi il était permis de sortir la zakat al fitr après s’être mis d’accord qu’on pouvait la sortir de l’orge et des dattes. Ils ont en cela six positions.

La première est la parole de Ibn al Qasim et ce qu’il rapporte de Malik à savoir qu’on la sort de la nourriture majoritaire du pays parmi neuf catégories qui sont : le blé, l’orge, le sult, le riz, le maïs, le mil, les dattes, le aqit et les raisins. Si sa nourriture ainsi que celle de sa famille fait partie de ces catégories sans pour autant être de la catégorie majoritaire du pays, il la sortira de la catégorie majoritaire, que cette catégorie qu’il utilise lui-même soit meilleure ou moins appréciée. S’il est incapable de sortir ce qui est meilleur parmi ce dont les gens se nourrissent, une autre catégorie ne lui sera pas imposée.

Ceci est l’opinion de Ibn al Qasim et son rapport selon Malik dans la Mudawwanah. Muhammad ibn al Mawwaz a pris comme position qu’il ne devra pas regarder la nourriture des gens du pays mais plutôt regarder ce dont il se nourrit et en donner la zakat, que cela soit meilleur ou moins apprécié que la nourriture du pays. Cela, à moins que le fait de délaisser ce dont les gens du pasy se nourrissent ne soit par avarice et cupidité. Dans ce cas alors, il devra la sortir de ce dont les gens du pays se nourrissent. Elle n’est pas sortie d’autres catégories que celles-ci parmi les légumineuses […]

La seconde position est le rapport de Yahya selon Ibn al Qasim dans al ‘ashrah qu’elle doit être sortie de cinq catégories qui sont : le blé, l’orge, les dattes, les raisins, le aqit. Elle n’est pas sortie du sult, du maïs, du mil ainsi que du riz sauf si leur nourriture est meilleure ou moins appréciée. Selon cette position, on ne la sort pas des légumineuses ni du sésame, même s’ils sont leur nourriture […]

La troisième position est celle de Ibn Majishun. Al Fadl a rapporté de lui qu’on la sort de cinq catégories : le blé, l’orge, le sult, les dattes et le aqit.

La quatrième position est celle de Ashhab. On la sortira de six catégories : le blé, l’orge, le sult, les dattes, le aqit et les raisins secs.

La cinquième position est celle de Ibn Habib. On la sortira de dix catégories et il y a rajouté le ‘alas (épeautre). Il porte comme position aussi que la personne choisit entre le blé, l’orge et les dattes de la catégorie qu’il veut, que sa nourriture propre soit meilleure ou non. Si sa nourriture n’est d’aucune de ces catégories, il la sortira de de n’importe laquelle des catégories, que sa nourriture ou celle du pays soit incluse ou non dans les sept catégories restantes. Si sa nourriture et celle du pays est d’une de ces catégories, s’il sort la zakat al fitr d’une autre catégorie que ces sept-là, cela ne sera pas valide.

La sixième position est celle des gens du zahir (les zahirites) que la zakat al fitr n’est donné qu’en dattes ou en orge, en application du sens apparent du hadith de Ibn ‘Umar… » [1]

Voilà le résumé que fait le Qadiy Ibn Rushd des positions existantes sur la nature de la zakat al fitr dans l’école malikite. Il est donc étonnant de voir relayer dans certaines publications le fait que certains mujtahid cités dans la parole de Ibn Rushd autoriseraient de sortir la zakat al fitr en argent. Ces mujtahid cités sont : Ibn al Qasim, Ashhab, et Ibn Habib.

Pour se convaincre de cela, ils ont utilisé la parole du chaykh Muhammad Mawlud al Shinqitiy dans al Kaffaf, où il dit :

Et la valeur monétaire de la zakat suffira
Selon l’imam al Hanafiy ainsi qu’al Ju’fiy

C’est ce que soutient Ashhab
ainsi que celui dont l’affiliation est al ‘Utaqiy

Or, le plus véridique qui a été déclaré répandu
est l’invalidité, comme le dit le Mukhtasar

L’imam al Hanafiy ici évoqué renvoie à l’école de notre maître Abu Hanifah Ibn Thabit.

Le Ju’fiy cité n’est autre que l’imam des gens de la sunnah, Muhammad Ibn Isma’il al Bukhariy, l’auteur du Sahih.

Le ‘Utaqiy mentionné est l’imam notre école Abdu al Rahman Ibn al Qasim.

La réalité est que nous avons été consterné par l’utilisation d’un tel texte pour prouver que Ashhab et Ibn al Qasim validaient le fait de sortir la zakat al fitr en monnaie. Une telle utilisation relève soit de l’ignorance des branches du fiqh et cela serait excusable. Soit, cela relève de la manipulation et de la falsification des avis des savants et cela serait intolérable. Dans tous les cas, le minimum qui incombe à un savant ou un étudiant en science est de vérifier les sources avant de les utiliser.

En effet, ces vers d’al Kaffaf n’évoquent en rien la zakat al fitr. Il est question ici du fait de sortir la zakat sur les cultures ou les bestiaux en valeur monétaire au lieu de les sortir en nature. Ces vers se trouvent à la page 278, du volume 1 de l’ouvrage Maram al Mujtadiy, qui est le commentaire de la poésie al Kaffaf. La partie où se trouvent ces vers traite des gens à qui il est permis de donner la zakat et des modalités de ce don. La zakat al fitr quant à elle, est évoquée quelques vers plus loin, au chapitre portant sur la zakat al fitr et qui correspond aux pages 279 à 281 du même ouvrage.

Cette question n’a même pas besoin d’illustration, elle est connue dans l’école. Seulement, il convient d’éclaircir la parole de l’auteur portant sur l’avis prépondérant sur cette question. En effet, contrairement ce qu’a affirmé Khalil dans son Mukhtasar, donner le prix au lieu de la nature des bestiaux et des cultures dans la zakat est valide, bien que détesté. Le chaykh Dardir a dit dans al sharh al kabir, au chapitre de ceux à qui il est permis de donner la zakat (donc, au même chapitre que dans al Kaffaf), pages 782-883 :
« L’avis concluant dans le fait de sortir la zakat selon son prix quand on sort de la monnaie pour les cultures ou les bestiaux est que cela est valide tout en étant détesté. » [2]

Le fait de pouvoir donner la zakat sur les cultures en monnaie implique t-il donc qu’on puisse faire de même avec la zakat al fitr ? Ce rapprochement est à coup sûr invalide. Le chaykh ‘Illish fut interrogé dans ses futya :
« Quelle est votre position sur un homme qui sort la zakat al fitr en dirham du prix d’un sa’ ? Cela est-il valide en considération de la parole de al Dardir dans al saghir sur le fait de sortir la zakat sur l’argent en or et vice-versa ? Cette possibilité s’applique t-elle à la zakat al fitr ? »

Il répondit :
« Sortir la zakat al fitr de cette façon n’est pas valide et cela ne lui sera pas compté pour se décharger de son obligation. Une telle inclusion n’est pas correcte. J’ai consulté nombre des commentateurs du Mukhtasar ainsi que d’autres ouvrages et je n’ai rien trouvé qui indique cela. Plutôt, ce qu’ils indiquent dans le chapitre de la zakat al fitr est clair sur le fait de viser exclusivement la nourriture et le fait que toute autre chose est invalide ».

De sorte, il devient clair que les avis attribués aux compagnons de Malik sont soit inexistants soit mal compris.

Les cas de Ashhab et Ibn Habib

Attribuer un avis à un des savants connus peut être facilement vérifiable. En effet, ces savants ont laissé des livres écrits de leurs mains. Ou encore, leurs étudiants ont rapporté leurs paroles fidèlement. De sorte, il sera assez facile d’aller vérifier les sources originelles pour retrouver un avis attribué à un de ces savants.

Comme nous l’avons dit, des écrits circulant parmi les étudiants et certains savants prétendent que Ashhab et Ibn Habib portaient comme position la possibilité de donner la zakat al fitr en monnaie. Or, nul d’entre ceux qui relaient cette information n’a été capable d’indiquer une seule source prouvant cette assertion. Le texte utilisé, à savoir les vers d’al Kaffaf, ne portent nullement sur la zakat al fitr, comme nous l’avons démontré. Ceci est déjà une infirmation de cette attribution.

Encore mieux, il se trouve que les positions de ces différents imam ont été rapportés et consignés dans les livres du madhhab de sorte qu’on ne pourra leur attribuer ce qu’ils n’ont point dit. Le Qadiy Ibn Rushd a indiqué, dans l’extrait cité supra, les positions de Ashhab et de ibn Habib. Or, à aucun moment, il n’a signalé l’existence d’un avis provenant d’eux permettant de sortir la zakat al fitr en monnaie. Au contraire, les sources originales de leurs positions excluent même cette possibilité.

Dans al Nawadir wa al ziyadat, l’imam Ibn Abi Zayd al Qayrawaniy rapporte aux pages 301, 302 :
« Ashhab a dit : « la zakat al fitr n’est valide que selon les quatre catégories évoquées dans le hadith : l’orge, les dattes, les raisins secs et le aqit. Avec l’orge, le blé et le sult car ils sont de même catégorie et plus appréciables »

« Ibn Habib a dit : « La zakat al fitr doit être sortie de dix catégories. » Il cita ce qu’a dit Malik dans le début de ce chapitre [3] et il y rajouta l’épeautre. Il dit : « Celui qui peut la sortir parmi ces trois catégories, le blé, l’orge et les dattes, qu’il le fasse selon ce dont il se nourrit. S’il se nourrit de quelque chose de meilleur et qu’il la sort selon une catégorie moins appréciée, cela sera valide. Ibn ‘Umar la sortait en dattes. Une seule fois il la sortit en orge alors qu’il se nourrissait de blé, de dattes et d’orge. Je pense que les dattes étaient la nourriture répandue de leur pays. Quant aux sept catégories restantes, qu’il en sorte selon ce qui est sa nourriture. S’il la sort d’autre chose, cela ne sera pas valide. Celui qui la sort d’autre chose que les dix catégories, cela ne sera pas valide. » [4]

Voici donc les avis exposés de Ashhab et Ibn Habib. Leur parole à eux deux est assez éloquente pour exclure le fait de pouvoir sortir la zakat al fitr hors des catégories qu’ils ont citées. En d’autres termes, ils ont même interdit de sortie la zakat al fitr d’une graine autre que celles qu’ils ont citées. Sortir la zakat al fitr d’une autre catégorie que celles qu’ils ont citées, même s’il s’agit d’une nourriture, est invalide. Comment donc, à fortiori, pourraient-ils permettre de sortir la zakat al fitr en monnaie ?

Le cas Ibn al Qasim

L’avis de Ibn al Qasim, comme l’a cité ici le Qadiy Ibn Rushd est de donner la zakat selon les graines et donc selon la nourriture.

Dans al Bayan wat Tahsil, volume 2, page 512, Ibn Rushd a rapporté la parole de Ibn al Qasim dans al ‘Utbiyah :
« Abu Zayd a dit : « Ibn al Qasim a dit : « à propos d’un homme qui a des graines et sort la zakat en monnaie. Il a dit : « J’espère que cela sera valide pour lui » Il lui fut dit : « et à propos d’un homme pour qui la zakat est obligatoire en monnaie et qui la sort en graine ? » Il dit : « Il devra la refaire ». Il lui fut dit : « et s’il sort la zakat al fitr en monnaie ? » Il dit : « Il devra la refaire ». [5]

Nous avons expressément reproduit ici toute la question car elle servira à comprendre les développements qui suivent. Dans cette question, l’imam ‘Abdu al Rahman ibn al Qasim a été interrogé sur trois points.

Le premier point est de savoir s’il était possible de donner la zakat sur les cultures en monnaie. Sa réponse fut positive et c’est ce qu’a rapporté l’auteur d’al Kaffaf en le citant dans son poème.

Le second point est de savoir s’il était possible de procéder à contrario et de donner la zakat sur l’or et l’argent en graine et Ibn al Qasim déclara cela invalide. C’est l’avis de la fatwa dans l’école de Malik qui considère qu’on devra sortir la zakat de la nature du bien imposable exception faite pour les cultures et les bestiaux que l’on pourra donna en monnaie. Dans un autre sens, cela sera invalide.

Le dernier concerne ici, non pas la zakat sur les biens, mais la zakat sur les têtes, à savoir la zakat al fitr. Peut-on donc la donner en monnaie ? Ibn al Qasim dit clairement que cela est invalide. Il rapporte lui-même cette position de l’imam Malik dans al Mudawwanah.

De sorte, la question est claire, Ibn al Qasim considère que donner la zakat al fitr en monnaie est invalide. Cela pour la simple raison citée plus haut, à savoir qu’elle est obligatoire sur une catégorie de graines bien déterminée.

D’où vient donc la confusion des gens en attribuant un tel avis à Ibn al Qasim ?

Cela provient en réalité d’une parole rapportée de Ibn al Qasim, toujours dans al ‘Utbiyah, selon ‘Isa Ibn Dinar. Dans al Bayan wat tahsil, volume 2, page 486 :
« (Malik) a été interrogé sur un homme qui ne dispose pas de blé le jour de la rupture. Il veut en donner le prix aux pauvres pour qu’ils en achètent pour eux-mêmes voyant que cela était plus approprié. Il dit : « Il ne fera pas cela. Ce n’est pas ce qu’a dit le messager d’Allahﷺ » Et selon la relation de ‘Isa selon Ibn al Qasim : « s’il le faisait, je n’y verrais pas d’objection ».  [6]

Comment donc concilier ces deux paroles contradictoires en apparence ? Une seule alternative est possible. Soit l’imam est revenu sur son avis soit cet avis ne s’applique pas à cette question.

Ibn Rushd a dit dans al bayan wat tahsil, volume 2, page 486 :
« La relation de ‘Isa selon Ibn al Qasim est contradictoire avec celle de Abi Zayd, qu’il rapporte d’après lui après cela. Il a été dit aussi qu’il n’y a pas de contradiction et qu’il a allégé sa position dans cette relation de ‘Isa à cause de la parole « pour qu’ils en achètent eux-mêmes ». Il leur donnera donc le prix pour cet objectif ». [7]

Mais ce qui nous paraît plus plausible et en concordance avec la relation de Abi Zayd et sa relation dans la Mudawwanah est que cette parole s’applique à un autre chapitre, celui que nous avons déjà cité, à savoir le fait de donner la zakat sur les graines et les bestiaux en monnaie.

Le Qadiy Ibn Rushd dit dans al Bayan wat tahsil, volume 2, page 512 :
« Ce qui fait que Ibn al Qasim accepte de sortir la zakat de grains en monnaie et l’interdise pour la zakat al fitr est que, dans la zakat al fitr, la sunnah a clairement indiqué les catégories desquelles on peut la sortir. On ne pourra donc pas dépasser ce qui est établi de la sunnah » [8]

Ibn Rushd n’a donc pas pris cette parole comme étant une position portant sur la zakat al fitr et il s’est contenté de réfuter le fait de pouvoir sortir la zakat en monnaie. Or, il est clair que cette assertion limpide ne peut être écartée pour la relation de ‘Isa Ibn Dinar.

De sorte, celui qui veut assimiler ces imams à cette possibilité de sortir la zakat al fitr en argent devra ramener les sources où ces imams se sont exprimés dans ce sens. Or, il apparaît que toutes les sources établissent le contraire de cela.

Nous ne prétendons cependant pas qu’il n’y ait pas des imams du madhhab qui n’aient pas porté cette position. En effet, l’imam Ibn ‘Arafah al Waghrami a permis une telle chose quand la nécessité (darurah) y oblige le musulman. Certains parmi les postérieurs comme as Sawiy l’ont aussi l’ont aussi permis. Or, ce qui est établi dans l’école est le suivi des avis émis par les mujtahid, notamment par l’imam Malik et Ibn al Qasim quand ceux-ci sont d’accord. La réalité est que tous les mujtahid dans l’école, à l’exception de Ibn ‘Arafah, ont interdit et déclaré invalide le fait de sortir la zakat al fitr en monnaie et cela en toute circonstance.

Allah demeure le plus savant.

وصلي الله وسلم علي سيدنا محمد وعلي آله


[1] Al Muqadimat al Mumahidat, Volume 1, pages 263,264,265, Edition al Quds du Caire, 2012
[2] Hashiyah al Dusuqi ‘ala al sharh al kabir, volume 1, pages 782-783, éditions Dar al fikr, 2011
[3] A savoir les neuf catégories déjà évoquées par Ibn Rushd
[4] Al nawadir waz ziyadat, volume 2, pages 301-302, édition dar al gharb al islamiy
[5] Al bayan wat tahsil, volume 2, page 512, édition dar al gharb al islamiy
[6] Al bayan wat tahsil, volume 2, page 486, édition dar al gharb al islamiy
[7] idem
[8] Al bayan wat tahsil, volume 2, page 512, édition dar al gharb al islamiy